Accueil Pouvoir Gouvernance Présidentielle : deux visions se disputent la France

Présidentielle : deux visions se disputent la France

126 651 bulletins ont été glissés dans les urnes en Guadeloupe samedi 22 avril à l’occasion du premier tour du scrutin de l’élection présidentielle. L’étonnement créé par l’abstention élevée (59,96 % des inscrits ne se sont pas prononcés sur cette désignation), a laissé place à la stupéfaction : Emmanuel Macron, jeune promu, et Marine Le Pen, fortement décriée, sont les sélectionnés du second tour.. Le résultat sera connu dimanche 7 mai après que les électeurs se sont prononcés, et depuis la veille samedi 6 mai en Guadeloupe.

 » Le petit jeu qui consiste à affaiblir Mac ric-rac ne doit pas marcher ! « 

Le Courrier de Guadeloupe : Que pensez-vous des résultats du week-end dernier ?

Max Dubois : Je suis meurtri des résultats assez mauvais en Outre-mer. Quand même, avoir atteint 30 % en Guadeloupe, c’est pas mal. Même si, sur l’abstention, nous ne sommes pas assez parvenus à faire venir les gens. Nous sommes allés tôt en Guadeloupe, en décembre, à quatre mois des élections. Mais nous n’avons pas su faire durer le lien affectif qui s’était alors créé entre la population et Emmanuel.

Était-ce la principale difficulté ?

Dans le même temps, Mélenchon a fait une campagne très puissante. Il est vrai aussi que nous avons un candidat jeune, qui par définition, n’a pas de relais « profonds« , tissés sur des années. Heureusement, le lien avec Ary Chalus a permis d’y faire mieux qu’ailleurs et qu’on réalise en Guadeloupe cinq points de plus qu’en Martinique. Je suis d’ailleurs gré à Ary Chalus d’avoir eu le courage de basculer en faveur d’Emmanuel Macron dès le 21 décembre, parmi les premiers élus ultramarins à s’être engagés.

Comment abordez-vous ce deuxième tour ?

Il nous faut recréer le lien de confiance qui avait été établi. Il faut redire que ce gars a compris et respecte les Guadeloupéens et les Ultramarins. Expliquer qu’il a de l’amitié, qu’il veut et va aider les Guadeloupéens à tirer le meilleur de la Guadeloupe. Et il faut mettre les  » mélenchonnistes  » devant leur responsabilité historique. Je ne comprends pas Mélenchon. Il s’est opposé toute sa vie au FN ! Je ne leur demande pas d’appeler à voter Emmanuel Macron, mais d’appeler à faire battre le FN ! Le petit jeu qui consiste à affaiblir Macron pour qu’il passe ric-rac ne doit pas marcher ! Ils doivent appeler à faire barrage au FN !

Qu’allez-vous faire dans les jours qui viennent ?

Je passe mes jours au téléphone. J’appelle tous les élus et les gens qui nous ont sou- tenus pour leur dire merci. Et pour leur dire : s’il vous plaît, appelez à voter contre Marine Le Pen !

Max Dubois, poisson-pilote Outre-mer d’Emmanuel Macron

Ce bénévole autodidacte marié à une Guadeloupéenne a vu la petite structure  » cool  » des débuts d’En Marche ! se transformer en « mécanique de plus en plus professionnelle ».

« Ma vocation, c’est de cesser mon activité le 7 mai« . Dans quelques jours, Max Dubois, 58 ans, reprendra son métier d’organisateur de salons et de concerts. D’ici là, le coordinateur outremer de la campagne d’Emmanuel Macron, bénévole en campagne depuis janvier, passera ses journées au téléphone. Il a adhéré à En Marche ! le 6 mai 2016, un mois après sa création. Rocardien – il fut quelques années membre du PS, après 1979 – il trouve alors aux sorties d’Emmanuel Macron, personnage public naissant, une  » patte rocardienne  » et goûte son «  discours de vérité « . Il prend donc contact via le député Pascal Terrasse avec le conseiller du candidat, Stéphane Séjourné. Mu par une autre conviction : «  Il m’est insupportable que depuis 1945, les Outre-mers traînent tant de retards de développement « . Ce Lyonnais sait de quoi il parle : marié à une Guadeloupéenne  » moun Lapwent  » (native de Pointe-à-Pitre), parent d’enfants métis, il séjourne depuis 25 ans en Guadeloupe, à laquelle il est  » politiquement, philosophiquement, et affectivement lié « . Un lien  » commandé par l’obligation de garantir à ces territoires d’où viennent ma femme et mes filles, ce qu’ils méritent « . En même temps, la question de la  » légitimité de l’action d’un métropolitain  » le perturbe.  » Mes beaux-parents sont plus qu’attachants. J’ai mis quinze ans à comprendre que je n’étais pas noir « , dit-il.  » Je suis ce que m’a proposé un ami… demi-ultramarin. Et c’est déjà beaucoup d’honneur « .

En décembre 2016, il  » secoue  » ses contacts pour organiser le premier voyage de son candidat aux Antilles.  » J’ai eu une bonne relation avec Emmanuel Macron. C’est un type sympa. Il a très vite un contact merveilleux avec les gens « . Puis, tout s’accélère.  » Ce qui était  » cool  » est devenu une mécanique professionnelle « . Pour ce  » béotien « ,  » bac moins 12  » revendiqué, ça n’est pas toujours simple. « Je me suis retrouvé dans une équipe très affûtée. Tous ont bac +12, beaucoup ont une expérience de cabinet ministériel. J’ai regardé avec intérêt la mécanique du pouvoir. Je me sentais vieux Canadair au milieu d’une escadre d’avions de chasse ».

Il vit ça  » pas mal du tout« . Découvre « les fiches » rédigées par des « armées d’experts« , sur lesquelles « on apprend énormément de choses à grande vitesse« . Macron les avale, ces fiches. Dans l’avion par exemple. « Quand il est sur le terrain, il les contextualise. Il a cet art incroyable de coller ce qu’il voit et ce qu’il sait. Et il adapte. Sincèrement, c’est un humaniste. Il comprend les souffrances. Ça n’est pas une brute. Il aime les gens. Ils le sentent et le disent« . En Guadeloupe, où il accompagnait il y a deux semaines sa fille de 17 ans, la chanteuse Djor, pour un concert à l’Archipel, Max Dubois compte « plein de relais« . Il connaît « depuis 25 ans » l’ancien député et sénateur Dominique Larifla, « Lulu« . Il voit en Guy Losbar, maire de Petit-Bourg et patron du GUSR, « une vraie valeur de la Guadeloupe« . Un homme « profond et discret, qui réfléchit avant d’agir » et constitue  » avec Ary Chalus, un vrai tandem aux profils différents. Ary est plus rock star, Guy est plus taiseux« . Il a apprécié le travail de la ministre Ericka Baregts, même si sa loi sur légalité réelle n’est selon lui qu' »une loi d’intention », mais qui a le mérite d’avoir été « bâtie par les Ultramarins eux-mêmes« . Max Dubois a contribué à sa mesure au programme d’Emmanuel Macron pour les Outre-mers rédigé par la petite équipe constituée de l’inspectrice des finances Anne Boliet, de l’ancien de Bercy Julien Mendez, de la politologue Audrey Célestine et de Marjolaine Milome Noiran. Il y a défendu la mise en place de politiques d’investissements en faveur de filières structurées.

Max Dubois vient de la société civile. Face aux politiques ; il se sent encore « naïf« . Quand il parvient, par exemple, à convaincre Thierry Robert, député Modem de la Réunion de rejoindre En Marché !, puis découvre une vidéo dans laquelle le même traître quelques temps plus tôt Emmanuel Macron de « traître » ayant mis un  » coup de poignard dans le dos de son patron« . Il s’est dit : » On ne va pas pouvoir garder ce gars-là… Eh bien si !« . Mais il prend aussi ses distances quand il évoque, « la grande fraternité du début » remplacée par « les tensions« , ce monde « sans pitié entre politiques » ou « la violence à laquelle j’assiste« .

Max Dubois ne sait pas encore quelle forme prendra demain son action. Ni si elle sera politique. Il a été touché par les situations rencontrées au cours de ces cinq mois, comme « ces 10 000 gamins qui dorment dans la rue la nuit, à Mayotte, où des boat people arrivent tous les jours ». Il a croisé des innovations qui l’ont bluffé, pour  » extraire de plantes des composants d’onguents ou de crèmes en Guadeloupe« . Il a même retenu des mots savants qui peuvent permettre demain aux Ultramarins de dessiner eux-mêmes un avenir heureux. comme  » développement intrinsèque et endogène« .

Les Désiradiens ont voté Le Pen sans vraie conviction

Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, la Désirade affiche le meilleur score réalisé par Marine Le Pen en Guadeloupe.

Trois bateaux de pêche accostent presqu’en même temps ce matin à la Désirade. Nous sommes le 18 février. Après avoir amarré leurs embarcations, les marins s’emploient à débarquer des dizaines de daurades coryphènes. D’un coup, un grand gaillard sculpté tel un Apollon, clame un couplet à la gloire de Marine Le Pen. L’homme a le visage buriné par la mer et le soleil.  » Marine président ! Elle fera une razzia ici et en France. C’est elle qui remettra de l’ordre dans ce pays. Elle ne donnera pas notre argent aux Dominiquais et aux Haïtiens « , assure-t-il. La vingtaine de femmes et d’hommes venus acheter du poisson entendent d’une oreille distraite. Cette scène se déroule à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Personne ne croit vraiment aux prédictions de l’admirateur désiradien de Marine Le Pen. Au lendemain du premier tour, Marine Le Pen réalise dans cette langue de terre battue par l’océan Atlantique et la mer des Caraïbes, son meilleur score, 22,39 % des voix. Juste après Jean-Luc Mélenchon qui affiche 23,50 %. L’île des grands-parents de Thierry Henry est devenue, l’espace d’un scrutin terre des extrêmes. Qui a voté Le Pen ? Sur la trentaine de personnes interrogées, propos d’ensemble  » ce sont les hexagonaux installés ici qui votent Front National « .

 » Bande de aliborons « 

L’ancien maire René Noël balaie cette version trop facile. L’ancien édile explique, qu’ils ne sont guère que 200 sur 1 550 habitants, qu’ils ne votent pas tous Front National et que beaucoup de natifs désiradiens ont donné leurs voix à Marine Le Pen.  » Le phénomène est inquiétant. Il doit être relativisé cependant. Il ne faut pas oublier que Marine Le Pen a fortement progressé partout en Guadeloupe « , tempère René Noël. Madame Pioche qui tient le gîte réputé de la Grande Source au bout de l’île, au Souffleur, n’accepte aucune excuse : «  C’est une bande de aliborons qui ont voté Le Pen, des ignorants. Moi j’ai des enfants en France. Comment voulez-vous que je vote Le Pen ?  » Sans verser dans ce jugement définitif, René Noël considère que la population a été livrée à elle-même.  » Il n’y a pas eu de campagne, aucun éclairage. Aucun message. Les gens n’ont eu pour guide que la télé « . L’ex maire insiste :  » C’est surtout un vote idiot. Un vote de colère, pas de conviction.  » de Marine Le Pen.

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