SAN VOU
« l faut que je te fasse écouter quelque chose, j’ai un Hit et je l’ai écrit et composé pour Dasha. Il me faut ce featuring« . C’est ainsi que Mr GG a proposé à Sandra Lainé, éditrice, un nouveau titre à sortir. « San vou, c’est un tourbillon. Il y avait du boulot mais l’intention était là, il fallait juste la ciseler un peu« . Dans la foulée, elle décide de produire le single de l’artiste et choisie Frédéric Caracas pour la programmation. Le producteur de Dasha a donné son accord sans aucune hésitation. Il est vrai que si en solo, l’artiste » écrase « , en duo, une véritable magie opère. La symbiose réussie avec Fanny sur Wonderful en est un exemple.
En un temps record, San vou, dépasse le million de vues sur la toile « sans achats de vues » tient à préciser Sandra Lainé. Mais le téléchargement alors qu’il permet une diffusion plus large de la musique rapporte peu. Cela ne permet même pas de couvrir la rémunération de l’artiste pour sa séance de studio a fortiori les autres frais qu’implique la production d’une chanson accompagnée d’une vidéo musique, et encore moins de possibilités de reverser des royalties aux artistes » déplore Sandra Lainé qui ajoute « ll est urgent de plancher sur de nouveaux modèles économiques capables de supporter nos musiques afin qu’elles soient rentables pour durer et s’exporter véritablement« . La monétisation des vidéos sur Youtube pourrait être une source de revenu supplémentaire à condition qu’il y ait un nombre de vues significatives. Une vidéo commence à être rentable à partir de 250 000 vues avec 7 euros par tranche de 1 000 si l’on s’en réfère au barème de Believe digital, distributeur numérique. Si ce n’est que le leader mondial de la vidéo sur internet ne tient pas compte du marché de l’Outre-mer et ne monétise pas les vidéos de ses artistes sur ces territoires mais uniquement sur celui de l’Europe et des grands pays. « Il s’agit d’un véritable manque à gagner quand on sait que la cible de ces produits provient en grande partie de nos territoires ultramarins » explique Sandra Lainé qui a entrepris des démarches afin de prochainement interpeller YouTube sur cette problématique.
RIDDLA
« Fuckly ce chercheur »
Riddla a fait ses débuts au même moment que Fuckly et ils ont collaboré. Pour lui Mr GG fait figure de chercheur.
« C’est un passionné. Tant qu’il n’a pas un résultat satisfaisant il ne lâche pas. À l’époque être dans le rap c’est rejeter tout ce qui est musique ‘sucette' ». Le Zouk, le compas, on aimait ça en secret sans qu’on ose faire pour autant notre coming out musical. Quand il a sorti doudou avec sa touche compas il a ouvert la porte à ce style de musique compas-rap qu’on entend depuis. C’est le 1er a l’avoir fait même les chanteurs haïtiens de compas n’osaient pas.
Pour l’artiste il a ouvert la porte à beaucoup de jeunes artistes de la musique urbaine. « À l’époque il y avait du zouk, ce qui sortait des États-Unis et il nous manquait quelque chose de chez nous pour nous. Il a su faire plaisir à cette génération sur les 3 départements et même au-delà » raconte Riddla.
« C’est un métier ingrat. On vous entend, c’est bien, on ne vous entend pas vous êtes mort. Mais lui pendant le temps où on ne l’entend pas il cherche. Il a énormément de titres en machines mais il ne les sortira pas tant qu’il ne sera pas parvenu à un résultat précis quitte à sortir un album tous les 10 ans comme Voulzy » ponctue l’artiste.
GRAND ENTRETIEN
Fuckly : « Je suis l’artiste le plus censuré après Francky Vincent »
Une interview de Fuckly est un événement, car il n’en accorde que très peu. Mais au Courrier de Guadeloupe, l’artiste qui préfère désormais le nom » Mr GG » a tout dit sur son enfance, sa carrière, ses succès, sa grande quête littéraire et l’appel de son africanité qui désormais vibre en lui. L’homme est un artiste, sans fard, au verbe entier et direct.
Fuckly : Je suis issu de la Maison de l’enfance (MDE) je suis un enfant adopté et celle qui m’a recueilli habitait Lauricisque (ndlr : à Pointe-à-Pitre). J’ai débarqué là avec en tête la logique de l’affrontement que j’avais connu à la MDE et qui voulait que l’on se batte sans cesse. Je me battais avec les pensionnaires pour faire respecter mon statut de » boss « , mais aussi avec les nouveaux arrivants pour les tester d’entrée de jeu. Je m’étais donc préparé à affronter ma nouvelle vie à Lauricisque, car je savais que dès que l’on arrive dans un nouveau lieu on vous dévisage et on cherche à vous mettre à l’épreuve. Curieusement je n’ai pas rencontré cela à Lauricisque mais plutôt une lutte sportive chaque dimanche, des » so pété » qui régulaient les conflits entre nous. Notre modèle c’était le petit héros de la série » Le chevalier lumière « , on s’identifiait à lui. Mais cela m’a formé. Vous savez, personne ne quitte la Maison de l’enfance sans un mental de combattant.
Le Courrier de Guadeloupe : Quel genre d’adolescent étiez-vous ?
Fuckly : J’étais très sportif, j’ai pratiqué plusieurs sports, le basket, le tennis, le foot. Avec le recul je me dis que nous habitions un sacré quartier de bourgeois. Dans nos têtes, c’était un quartier pauvre, mais dans le fond, qui peut avoir terrain de foot, de tennis et de basket plus la voile, sous ses fenêtres à part un riche ? Et nous n’avions même pas à prendre le bus pour y accéder, c’était à deux mètres. Enfant tu répètes ce que tout le monde dit, que c’est un quartier de pauvre, mais on ne s’aperçoit même pas de tout ce qu’on a la chance d’avoir. C’est en grandissant qu’on en prend conscience. L’autre jour j’ai vu que le terrain de basket avait été supprimé et qu’à la place il y avait un bâtiment en construction tout cela parce qu’il est devenu inutile vu que les jeunes préfèrent fumer de l’herbe plutôt que de pratiquer le basket. Il se dit que peut-être le terrain de tennis sera sauvegardé. Vous imaginez, un quartier difficile où l’on peut pratiquer le tennis ? Même des bourgeois n’ont pas toujours cela. C’est à se demander si la pauvreté ce n’est pas avant tout une façon de penser ? Il ne te manque qu’une piscine, quoique ce ne soit pas une obligation vu que la mer est toute proche. Il y a la voile et toutes sortes d’associations qui œuvrent là. C’est dans ce contexte que j’ai grandi et donc avec le recul, je ne peux pas considérer Lauricisque comme un quartier pauvre.
LCG : Comment se fait votre rencontre avec la musique ?
Fuckly : La musique est arrivée très naturellement. Il faut savoir qu’à la base j’ai toujours écrit. J’ai longtemps été ballotté de structures en structures où j’étais confronté à la délinquance et à de sacrés durs à cuire. Et donc je transcendais cette violence à travers mes écrits. Je noircissais les pages de mes cahiers de textes. Je n’étais pas du genre à chahuter avec mes copains, mais je me rappelle que j’écrivais sans cesse. J’avais une multitude de textes en français… En cours, je faisais semblant d’écouter la prof, mais mon attention réelle était ailleurs. Je transcrivais mes ressentis sur la société, sur ma violence et je le faisais en rimes. Ensuite, à mon arrivée à Lauricisque, j’ai été fortement inspiré par Thierry Dernault (ndrl : artiste précurseur de la scène underground). Un soir j’ai remarqué que la paillote juste devant la tour était le lieu de prédilection de jeunes qui se réunissaient pour déclamer des textes en totale improvisation. J’ai trouvé magnifique cette faculté de pouvoir improviser et raconter en chantant la société. À ce moment-là quelque chose s’est révélée en moi. Le lendemain, je me suis acheté un magnétophone et j’ai commencé à bosser. Le texte prédéfini d’une chanson que tu vas chanter en studio n’a rien de comparable pour moi. J’aime cette spontanéité, ce sens du gimmick qui ponctue le texte ce rythme des mots. J’aimais voir ces gars à l’œuvre, leurs rires et l’émotion du public qui regardait. Je l’ai enregistré quelques fois puis je me suis lancé et j’ai commencé à chanter. Il a fini par me remarquer et a improvisé à mon sujet histoire de dire : » Petit, j’ai remarqué que cela te passionne « . Eh puis il y a eu cette fête du quartier qui a tout déclenché quand les plus grands m’ont littéralement saisi et propulsé de force sur le podium. C’est là que ma carrière a démarré.
LCG : Comment vous est venu le surnom Fuckly ?
Fuckly : Je ne l’ai pas choisi, c’est mon quartier qui à force de m’entendre ponctuer tous mes mots d’un » F..k » m’a attribué ce surnom.
LCG : Quelle a été la réaction d’un Henri Debs, plus rompu au zouk, au boléro et à la biguine, quand vous avez débarqué avec le titre » Boss Boss Boss » ?
Fuckly : Ce qui m’a étonné avec lui c’est son ouverture d’esprit. Le paradoxe c’est que c’est plutôt Rico son fils qui balisait quand j’ai clashé » Ruff Neg « , mais Henri Debs lui se marrait en mixant le titre. Il ne m’a jamais fait de remarque quant à mes paroles.
LCG : Diriez-vous que la provoc sexuelle de vos débuts vous a desservi ?
Fuckly : C’est vrai que certaines paroles étaient très crues pour l’époque mais je crois aussi que plus ça va, et plus l’on devient puritain. Si je chantais cela aujourd’hui, les gens pousseraient des cris d’orfraie. À l’époque moi je m’en foutais. Je pense avoir été le père du Gansta rap créole en Guadeloupe. Dans cette optique il n’y avait rien de dérangeant à ce que je pouvais dire. C’était juste le ressenti de la violence telle que je la vivais sur le moment que je transcrivais. Personne ne croyait que cela marcherait et pourtant c’est dans un langage bien guadeloupéen que je m’exprimais. Et cela a plu car il y a toute une jeunesse qui en avait marre des textes trop lisses, trop policés du rap de l’époque.
LCG : Avez-vous souffert de la censure ?
Fuckly : Je suis l’artiste le plus censuré après Francky Vincent. Le plus mal aimé, tout ce que j’ai eu je ne le dois pas aux radios. Je n’ai jamais eu leur soutien. Tout ce que j’ai obtenu c’était au forceps.
LCG : Trouviez-vous leur écriture trop fade ?
Fuckly : Je ne l’ai pas fait pour exprimer cela, mais je pense que ce n’est pas ainsi qu’il faut écrire. Il faut que leur plume soit en adéquation avec les personnages qu’ils prétendent incarner via leurs noms d’artistes. On ne peut pas se choisir un nom guerrier et chanter qu’il faut se la couler douce. Moi mon nom c’est Fuckly. Dans ma tête c’est synonyme de guerre. J’ai chanté des trucs très crus et cela n’a pas empêché à mes albums de se vendre. Bien au contraire, j’ai longtemps été au top des meilleures ventes. Je ne l’ai pas fait par calcul marketing, c’était juste mon ressenti de l’époque.
LCG : Votre musique semble prendre un nouveau tournant après votre deuxième album ou vous incorporez des influences de » compasside « . Qu’en est-il réellement ?
Fuckly : En effet, cela a commencé à partir du titre : » Doudou « . C’est à ce moment que cette alchimie a commencé à prendre forme. J’avais commencé à écouter pas mal de musique haïtienne. Mais je dois dire que jusqu’à maintenant, je n’ai pas réellement trouvé le bon terme pour désigner tout cela. C’est un nouveau style. Cela se ressent dans la musique. Mais je ne veux pas y apposer le mot compas, ni y ajouter le mot style non plus. Cela ferait un peu bâtard. J’ai travaillé à ma demande avec Jean Zennare et Harry Soundourayen les leaders du groupe Chiktay pour les chœurs. Je voulais donner à ce titre tout à la fois, un côté nostalgique mais aussi actuel avec le Dancehall. L’apport de Chiktay aux chœurs est une alchimie voulue. Dans Lapli sitol leurs voix sont tellement emblématiques (il chante : » lè lapli tombé é pou lé maten… « ) que j’ai voulu de cet apport ce qui a scotché tout le monde.
LCG : C’est quoi le style Fuckly ?
Fuckly : Tout est pour moi une question de bonne cuisine. Pas trop de sucre, pas trop de sel. Il faut plaire à tout le monde. J’ai à cœur de parvenir à mettre le son dans le salon. J’essaie toujours de faire en sorte que père, mère, fils, filles qui ont chacun leur pièce favorite dans la maison, peu importe leur humeur se retrouvent à danser tous ensemble dans le salon. Que chacun quitte sa chambre pour venir danser au salon attiré par le nouveau son et que par cette musique tous parviennent à dialoguer ensemble.
LCG : Henri Debs n’a-t-il pas tiqué quand vous lui avez parlé d’intégrer Chiktay à vos chœurs ?
Fuckly : Il n’en était nullement choqué. Nous avions déjà fait quelques albums ensemble. Il savait que j’étais du genre à oser des trucs de fou. C’était un grand fou lui-même. Rico son fils n’était pas musicien. Mais imagine ce qui se produit quand ta route croise un musicien chevronné, un gros malade ? Actuellement je travaille avec Frédéric Caracas, c’est pareil. Aucune limite à l’audace.
LCG : Les générations précédentes le disaient pourtant réfractaire à la nouveauté, aux changements révolutionnaires. Qu’en pensez-vous ?
Fuckly : C’était un voyou ! Henri DEBS c’était un voyou comme moi au sens musical du terme et dans l’esprit. On se reconnaissait entre nous. Ce n’était pas un mec formaté, mais quelqu’un qui disait ce qu’il pensait. Il savait qu’il fallait ce grain de folie pour que naissent les grands tubes. Sans cela on ne change pas la donne et pour mettre le public dans l’étonnement et le sortir de sa routine, il faut toujours ce type d’artiste qui détonne du reste.
LCG : C’est ce qui manque aujourd’hui dans la musique ?
Fuckly : Tout à fait ! Il faut tout bousculer. Mais pas simplement la musique mais aussi l’état d’esprit des médias. Faut déjà qu’ils soient prêts à écouter. Parce qu’eux- mêmes en sont victimes. Aujourd’hui, n’importe quel gamin de quinze ans est capable de te sortir une programmation radio. Je n’ai pas besoin de tous ces « Tèbès » pour avoir une quelconque programmation. Déjà, je ne leur cours pas après. Un gamin de 17 ans va sur YouTube tout comme eux, regarde les vues et te sort une programmation de folie et bien mieux. Alors, savoir qui est victime, qui fait quoi… Moi je dirais qu’il faut de l’audace dans tous les sens, chez les artistes comme chez les médias. Il leur faut savoir écouter plusieurs fois s’il le faut, voir comment ils peuvent agencer tout autant que c’est local. Défendre ce qui vient des Antilles-Guyane. Au contraire, ils se limitent à suivre des courants, des couleurs comme si tout était industrialisé, mondialisé.
LCG : Pourquoi ce passage de Fuckly à Mr GG ?
Fuckly : J’ai toujours été Mr GG, ce sont les médias qui n’ont pas été au fond des choses et pas suffisamment écouté ce que je faisais. Mais dès mon premier album je ne cesse d’y faire allusion dans mes titres. La masse est fainéante mais je sais ce que je fais. Dès mon premier album j’annonçais déjà celui que j’allais devenir. Je savais par exemple que j’allais tôt ou tard tomber les locks pour un look plus classique. Et quand tout le monde y a pris garde, il y avait belle lurette que Mr GG était transformé et dansait avec Fanny J sur le titre » Wonderfull « .
LCG : Quelle expérience tirez-vous de la vie parisienne ?
Fuckly : Disons que je poursuis ma quête. Je suis toujours à la recherche. Je ne veux pas m’ennuyer. Je ne veux pas faire comme tous ces mecs que l’on encense et qui évoluent dans le milieu du Dancehall sans jamais porter leur pierre à l’édifice. Je n’en ai rien à faire. Je trouve que ce sont des pâles copies qui ne portent rien de nouveau à leur culture. On peut avoir des maîtres à ses débuts, on peut imiter, mais ensuite, il faut trouver ses marques. Tant que tu n’apportes pas ta contribution tu n’es rien. Je m’en fous de la gloire qu’ils peuvent avoir. Tout ça c’est des trucs à la con. Le Guadeloupéen a le rapport au corps. C’est toujours le rapport au corps. Et le soleil va bientôt se lever. Les choses vont bientôt basculer et engloutir ces notions de rapport au corps. À l’heure où d’autres produisent de grands textes, très profonds dignes d’êtres étudiés dans les universités, tout ce qui les intéresse c’est danser. Le vent commence à tourner. Tout cela c’est de la merde.
LCG : Le Dancehall qui cartonne actuellement vous laisse-t-il indifférent ?
Fuckly : Je ne respecte aucun mec qui vit sur la musique des autres. Je ne respecte aucun mec qui fait de la musique volée. S’il n’y a pas l’apport du Gwo Ka, des influences issues de ta culture, mêmes mélangées au Dancehall et qui démontrent que tu crées un truc différent, je n’ai aucun respect pour toi car tu n’es alors qu’un colleur de bouts de musique des autres. Même si toutes les portes te sont ouvertes que tu cartonnes sur les ondes, tu n’es pas mon collègue. Dans six ans, le style va changer et tu disparaîtras pour n’avoir pas su t’y adapter. Vous n’avez qu’à voir à quelle vitesse leur carrière s’arrête. Moi je suis dans la création. Même ma langue a changé.
LCG : Vous semblez écouter beaucoup de musique
Fuckly : Je suis un enfant issu de la diaspora haïtienne, même si je ne suis jamais allé en Haïti. J’ai eu une espèce de révélation. J’ai aujourd’hui, une autre façon d’écrire en m’appuyant sur les créoles de Guadeloupe, Haïti et Martinique. De ce fait je ne suis jamais coincé car ce que je ne peux exprimer dans l’un je le fais dans l’autre etc. J’éprouve le besoin de cet enracinement rural de ma musique. Je trouve le côté urbain des villes trop arrogant. La Guadeloupe ce n’est pas ça, c’est d’abord la campagne, les bœufs, les cabris… Je suis à la recherche de ce côté authentique. Sans pour autant délaisser la ville. Je suis toujours dans ma logique de salon. Alors j’écoute beaucoup de musiques diverses pour toucher le plus de monde possible.
LCG : Votre titre en duo avec Dasha cartonne, comment l’avez-vous rencontrée ?
Fuckly : Cela s’est fait très simplement j’étais de passage en Guadeloupe, je regardais la télé et j’ai vu cette jeune femme qui avait une façon bien à elle d’évoluer sur le podium et d’occuper l’espace. Sa chanson me plaisait, mais j’ai trouvé cette prestation sur scène différente. Je me suis dit, qu’elle apporte quelque chose de jamais vu. Je n’avais encore rien composé. Ce qu’elle ne sait pas c’est que j’ai composé deux titres pour elle mais ne lui en ai proposé qu’un seul. Ensuite je me suis rapproché d’elle. Elle a été d’accord, son équipe aussi. Ensuite, nous l’avons finalisé car j’ai tendance à proposer des trucs bizarres qui nécessitent un temps d’adaptation pour ceux qui les découvrent.
LCG : Résultat, tout le monde vient au salon danser ?
Fuckly : Voilà ! (rires) Mais je n’étais pas focalisé là-dessus car je ne suis pas de l’école des vues sur internet mais des ventes réelles d’album. Cela dit, je trouve cela satisfaisant car les enfants, les adultes se sont emparés de la chanson qui est entrée partout. De plus, cela faisait longtemps qu’un de mes titres n’avait pas atteint ce niveau.
LCG : Comment vivez-vous cette mutation du marché du disque ?
Fuckly : J’ai dû m’adapter. On te paye à accepter que la norme c’est zéro. Zéro rémunération. Tu travailles, tu investis de l’argent, tu n’encaisses rien et tu dois en plus être satisfait d’avoir un million de vues. Maintenant c’est le prestige qui prime. On fait du son pour se montrer, pour la gloire. Il faut que les jeunes comprennent qu’un million de vues ce n’est pas un cadeau. Moi je suis de la vieille école, il faut que cela génère des ventes, des royalties et des droits d’auteurs. Pour mes prochains titres je serai obligé d’agir en conséquence. Je ne sortirai plus d’album, n’en déplaise. Il n’y a pas de client et je ne suis pas suicidaire. Je ne ferai pas d’album pour des gens qui ne l’achèteront pas. Tout ce que je ferai dorénavant servira à annoncer la sortie prochaine de mon livre.
LCG : Ce livre parlez-nous en, c’est une biographie ?
Fuckly : Je vais sortir une vraie œuvre littéraire Une biographie en deux tomes prévue en 2017 que je vais écrire moi-même sans aucune aide hormis un correcteur. En ce moment, je vis toutes les préoccupations de l’écrivain. Ne pas ennuyer mes lecteurs, varier les expressions, savoir changer de rythme… La langue française est belle. Je suis en quête de cette création littéraire. Je suis en recherche d’un style qui va intégrer énormément de données. Avec le recul, chanter trois minutes trente me semble bien pauvre. Des rimes, je peux en faire ad vitam aeternam. À mes débuts je m’en extasiais, mais aujourd’hui je réalise que dans cette forme d’écriture l’on s’enferme dans les mêmes terminaisons : » u, a, i, e, ou « . Mais dans un texte littéraire, on n’est pas enfermé. On peut exprimer ses pensées sous une forme qui puisse toucher les gens. Et je suis arrivé à cette dimension où je trouve qu’écrire les paroles d’une chanson c’est ridicule. Si tu me chantes trois minutes trente, tu m’ennuies ! Moi ce qu’il me faut, c’est le grand développement qui permet de laisser passer les idées. Après, si tu ne sais pas lire, ce n’est pas de ma faute !
LCG : Désormais, on vous lira plus et on vous entendra moins ?
Fuckly : Je vais déjà sortir cette biographie en deux tomes, ensuite on verra. J’ai aussi envie d’écrire pour le théâtre, explorer d’autres domaines auquel je n’ai pas encore touché ensuite, s’il s’avère que j’ai un quelconque talent pour raconter des histoires, on verra pour un roman ou des nouvelles. Je passe mon temps à lire les blogs de filles qui racontent leur quotidien. Je compare les styles. Je lis Louis Ferdinand Céline, mais aussi des philosophes tels Spinoza. J’aime aussi Fabrice Luccini. Il m’inspire beaucoup dans cette capacité à donner vie aux mots qui rend curieux même les plus réfractaires.
LCG : Cet appétit littéraire vous change à ce point ?
Fuckly : Parfaitement ! Je viens tout juste de commencer à explorer ce potentiel que je ressens en moi. Voilà pourquoi je dis que la musique, c’est pour les » tèbès « . Je laisse cela à tous ceux qui se plaisent à la routine. Moi ce que je veux, c’est explorer ! Connaître toutes les facettes de ma personnalité. Voilà pourquoi je dis souvent que je suis de retour dans mon africanité. De retour à la maison. Bientôt on me verra marcher en boubou et je sais que les gens en seront peut-être choqués. Ils diront : » Fuckly est devenu fou, il s’adonne à la sorcellerie « . Ils ne se diront jamais : » Il veut juste rentrer chez lui « . C’est un appel. Faudrait-il que je vous parle des loas, d’Erzulie dantor (divinités du panthéon vaudou) qui me touchent au point de vouloir me rendre au Bénin pour recevoir mon initiation. Actuellement je n’ai aucune limite. Je me suis découvert.
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