Le parti de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise, a apporté son soutien à trois candidats en Guadeloupe. Dont le député sortant ex-LREM Olivier Serva, rallié in extremis à l’opposition de gauche à Emmanuel Macron.
« En Guadeloupe, nous soutenons les candidatures de M. Olivier Serva, de M. Christian Baptiste et de M. Elie Califer ». C’est par ces mots sans ambiguïté, publiés le 14 juin sur son site, que La France insoumise (LFI) a apporté son soutien à trois candidats présents en compétition au deuxième tour des législatives en Guadeloupe dans les 1re, 3e et 4e circonscriptions. « Au second tour nous serons présents dans la quasi-totalité des circonscriptions avec des perspectives de victoire dans la majorité d’entre elles », indique aussi le communiqué. Qui, après avoir détaillé les candidat(e)s soutenu(e)s, précise que « élus, ils et elles pourront siéger au sein des groupes de la Nupes pour participer d’une majorité nouvelle en soutien d’un gouvernement dirigé par Jean-Luc Mélenchon ».
Olivier Serva, qui avait publié la veille deux appels du pied via Twitter, a aussitôt publié ce communiqué sur Facebook et Whatsapp. « Nous remercions ce soutien venant reconnaître nos valeurs humanistes, progressistes, sociales et écologistes », a-t-il commenté. Deux publications qu’il a complétées ce 15 juin, toujours sur facebook, par une vidéo de soutien de Mathilde Panot. La députée du Val-de-Marne, qui présidait pour quelques jours encore le groupe LFI à l’Assemblée, y annonce le soutien des Insoumis à la candidature d’Olivier Serva au deuxième tour « pour deux raisons ». La première, c’est qu’ayant présidé la commission d’enquête sur l’eau en Guadeloupe dont Olivier Serva était le rapporteur « je lui fais confiance pour continuer à mener ce combat sur l’eau en Guadeloupe », dit-elle. Avant d’énoncer la deuxième: « Olivier Serva s’est engagé à soutenir un gouvernement de la nouvelle union populaire écologique et sociale qui serait dirigé par Jean-Luc Mélenchon ». Le député sortant a siégé à l’Assemblée nationale de 2017 à 2022 dans la majorité LREM. À moins de 15 jours de l’échéance électorale, dans un courrier adressé au président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand le 31 mai, Olivier Serva démissionne du parti présidentiel. « Pendant plus de deux ans de crises, les Guadeloupéennes et Guadeloupéens ont été inaudibles au sein de la majorité présidentielle. De par ma voix ou par la leur » souligne-t-il dans une lettre d’à peine six lignes qui signe son aveu d’impuissance. Le parlementaire se moque par ricochet de sa collègue Justine Bénin, députée Modem de la 3e circonscription, Guadeloupéenne membre de la majorité présidentielle, fraîchement entrée au gouvernement d’Elisabeth Borne avec une nomination le 20 mai de secrétaire d’État à la mer. « Sensible à la juste et cohérente idée de la représentation nationale et locale, je vous adresse par la présente ma démission du groupe LaREM, avec effet immédiat ». Olivier Serva, comme l’ensemble des députés était en arrêt de travail forcé depuis le 27 février, date à laquelle s’est ouverte la traditionnelle période de trêve républicaine : deux mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, l’Assemblée nationale cesse ses travaux, afin que la période électorale se déroule dans de bonnes conditions et pour que les (nombreux) députés qui se représentent fassent campagne dans leurs circonscriptions.
Sur les réseaux sociaux, les commentaires ont fleuri. Des bravos, de l’ironie, et la vidéo, muette, d’un « retournage de veste ». Avec 43,44% des voix au soir du premier tour des législatives en Guadeloupe le 11 juin Olivier Serva était en ballottage favorable. Mais il restait à la merci d’une alliance de tous les autres candidats de gauche. Il avait face à lui Dominique Biras 15,02% des voix – l’un des deux candidats soutenus par le maire des Abymes Eric Jalton, l’autre Alix Nabajoth ayant obtenu 13,2% des voix-, et Nadège Montout, la militante LFI et candidate investie par le parti de Jean-Luc Mélenchon au premier tour, troisième avec 13,22% des voix.
En bon professionnel du chiffre, lui qui depuis des mois – et surtout depuis sa défaite aux municipales aux Abymes en 2020 – répète au Courrier de Guadeloupe qu’il est « de gauche », aura donc préféré « assurer ». Dans le projet emmené par les Insoumis et leurs alliés de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) d’obtenir la majorité absolue, Olivier Serva prétend bâtir un groupe de députés ultramarins à l’Assemblée. Cette idée est soutenue par Max Mathiasin député sortant de la 3e circonscription, ancien Modem désormais étiqueté divers gauche, et par Marie-Luce Penchard l’ancienne ministre étiquetée divers centre soutenue par le président de Région Ary Chalus. Un projet relancé à l’emporte-pièce, sans plateforme programmatique. Et sans réfléchir à l’interdiction posée dans le règlement de l’Assemblée nationale qui proscrit « la constitution de groupes de défense d’intérêts particuliers, locaux ou professionnels et entraînant pour leurs membres l’acceptation d’un mandat impératif ».
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