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Nos habitudes culturelles décryptées

Alors que les professionnels de la culture commençaient à croire qu’elle n’arriverait jamais, la toute première enquête du ministère de la Culture sur les habitudes culturelles des Guadeloupéens a été publiée ce 19 octobre. Après environ 50 ans d’observation des pratiques culturelles des Français par le Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation du ministère de la culture, l’enquête a enfin été étendue aux outre-mer. Pour la replacer dans son contexte, cette enquête publiée en 1973, 1981, 1988, 1997, 2008 et 2019 est l’un des principaux outils d’analyse des habitudes culturelles en France.

Pour cette première enquête régionale dans l’archipel, l’étude a été menée en face-à-face sur un échantillon de 1000 individus, sur un an à partir de février 2019. Cette enquête concerne donc les pratiques culturelles des Guadeloupéens avant la pandémie. On se doute qu’elles auront évolué suite aux multiples confinements instaurés sur le territoire.

Selon l’enquête, le taux d’équipements culturels présent au domicile des Guadeloupéens facilite leur accès à la culture. En effet, 93 % des Guadeloupéens possèdent téléphones portables et smartphones, la possession d’un téléviseur se trouve dans les mêmes proportions avec neuf personnes sur dix. Les postes de radio sont plus présents en Guadeloupe avec 83 % soit 9 % de plus que dans l’hexagone. La radio a une place prépondérante puisque 73 % des interrogés déclarent l’écouter tous les jours ou presque (-20 points en Martinique et -13 en métropole). La presse écrite est quant à elle, moins utilisée pour s’informer qu’en France hexagonale, la télévision est le moyen le plus utilisé pour s’informer avec 89 %, les réseaux sociaux (43 %) viennent en 3e position après la radio (78 %). Pour ce qui est de l’audiovisuel, 57 % des 15-39 ans regardent des séries tous les jours. Tandis que la fréquentation des salles de cinéma dépend fortement de la proximité géographique du public avec celles-ci.

Seul 15 % de l’échantillon a fréquenté une bibliothèque ou une médiathèque au cours de l’année, ce qui représente 12 points de moins que dans l’hexagone. 46 % des Guadeloupéens déclarent ne pas lire (contre 57 % des Martiniquais). L’étude précise que “ce chiffre est lié à un taux d’illettrisme élevé”. Pratique qui n’est pas encouragée par le prix plus élevé des livres et le nombre restreint de librairies sur l’île.

80 % des foyers possèdent une connexion internet, soit la même proportion qu’en France hexagonale, même si l’accès Internet à haut débit est moins courant qu’en France hexagonale (– 11 points). La politique numérique accompagnée par le conseil régional a pour ambition de rattraper ce retard d’ici à 2023.

Il ressort également de cette enquête que les Guadeloupéens écoutent de la musique plus régulièrement qu’en métropole. 73 % des Guadeloupéens écoutent de la musique tous les jours ou presque contre 65 % en France hexagonale. Le streaming est le mode d’accès à la musique dominant chez les 15-39 ans. L’implantation récente de la plateforme reine, Spotify, contribuera certainement à renforcer ce mode d’écoute. La musique est donc centrale dans nos habitudes culturelles, mais sa pratique amateur se déroule souvent en dehors des institutions. 13 % des Guadeloupéens auraient pratiqué un instrument dans l’année et parmi eux 25 % jouent du tambour ka, contre 20 % pour le piano et 14 % pour la guitare. Dans l’année étudiée, 44 % des interrogés ont déclaré avoir assisté à un concert et 14 % à un festival (parmi eux, 22 % avaient assisté à Terre de Blues). L’enquête confirme également que le carnaval et les “chanté nwèl” sont deux traditions ancrées dans les pratiques culturelles de l’archipel. En effet, 24 % des individus interrogés avaient assisté au carnaval.

Dans un contexte où les acteurs du secteur culturel réclament une meilleure structuration des politiques culturelles sur le territoire, cette enquête sera un outil extrêmement intéressant de diagnostic des besoins de la population. Elle révèle les forces de notre vie culturelle et dévoile les faiblesses de nos politiques publiques notamment en matière d’apprentissage encadré d’un instrument de musique, de politiques du livre. Elle révèle la mutation des usages vers le numérique dont les infrastructures manquent encore.

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