VÉRITÉ D’ICI
Victorin Lurel a-t-il dérapé lors des funérailles de Hugo Chavez où il représentait la France ? Sans doute pas. Le ministre des outre-mer a bien pesé ses mots. Cela pourra m’être reproché a-t-il dit. Les propos du ministre sont-ils toutefois choquants ? Éléments de réponse.
Pour la bien-pensance française celle qui a une très haute idée d’elle-même et pour qui la vérité et la morale sont d’abord occidentales et partant universelles c’est évidemment oui. Comparer Chavez à de Gaulle leur est insupportable. De Gaulle ce héros, ce sauveur de la France. Pourtant ce grand chef d’État français exaspérait singulièrement les Américains et les Anglais parce qu’il prônait la grandeur de la France. Chavez tout comme de Gaulle a lui aussi, une haute idée du Venezuela et au-delà de l’Amérique du Sud et de la Caraïbe. L’essentiel de l’action du général de Gaulle s’est concentré dans la recherche de l’indépendance de son pays. Indépendance énergétique d’abord : les réseaux de la France Afrique dirigés par Jacques Foccart et qui perdurent encore avaient pour but essentiel de garantir l’approvisionnement de la France en pétrole. Pas sûr que les intérêts, pour ne pas dire les droits – tous confondus — de l’homme africain aient toujours pesé lourd dans cette histoire. Mais vu de Paris… Indépendance militaire ensuite : l’acquisition de la bombe atomique avec essais à Mururoa dans le Pacifique. Pas tout-à-fait neutre non plus. Combien de Polynésiens contaminés ? Mais ceux-là n’ont pas beaucoup de droit… Vu de Paris. On ne parlera pas des exactions du service d’action civique – SAC — (police parallèle au service du gaullisme), ni des différents ministères de l’information de l’époque chargés de contrôler l’information et qui faisaient des préfets d’alors les véritables rédacteurs en chef des stations de l’ancienne ORTF. En dépit de tout cela, Charles de Gaulle est un grand chef d’État français peut-être le plus grand du XXe siècle. Les Vénézuéliens les plus modestes, et ce sont les plus nombreux, estiment eux aussi que Hugo Chavez est un grand dirigeant, un grand homme. Cela ne veut nullement dire qu’il est parfait. Loin s’en faut. Mais il y a la vérité vu de Paris et celle vécue depuis Caracas. Aucune n’est absolue. Et pour revenir à Victorin Lurel, il faut juste préciser que s’il n’est pas tout-à-fait Vénézuélien, il n’est pas uniquement de Paris non plus. Ceci explique sûrement cela.
L’OUBLI
La droite à la mémoire qui défaille…
Les leaders de la droite se sont déchaînés et ont traité Victorin Lurel de tous les noms. Jean-François Copé, Christian Estrosi, Yves Jégo sont tous allés de leur petit refrain et pour faire bonne mesure la patronne du MEDEF Laurence Parisot n’a pas été en reste. La presse de droite en a rajouté une couche le papier de Philippe Tesson par exemple vaut le détour. Ce n’est pas tant la critique qui interpelle mais le ton méprisant et presque haineux. Ils ont tous oublié que Nicolas Sarkozy a reçu en grande pompe le colonel Kadhafi qui de surcroît a eu tout le loisir de déployer sa tente au parc de l’hôtel Marigny. Un vrai carnaval. Il faut juste signaler que Kadhafi a commis des attentats terroristes mortels : explosion d’un Boeing 747 en plein vol. 270 morts dont 259 dans l’avion. Attentat encore contre un DC10 français d’UTA en 1989. 170 morts. Sans compter les exactions perpétrées sur les ressortissants libyens. Enfin signalons que la plupart des leaders de la droite qui aujourd’hui éternuent se sont déjà affichés officiellement avec Hugo Chavez. Chercher l’erreur !
POLITIQUEMENT CORRECT
La gauche joue les vierges effarouchées
Une partie de la gauche s’est elle aussi bouché le nez sur les propos de Victorin Lurel. Une manière de rappeler que la bien-pensance suffisante qui se nourrit d’un complexe de supériorité par rapport aux autres cultures et modes de vivre du monde n’a pas de camp politique. Elle se situe aussi bien à gauche qu’à droite. Quant à Jean-Luc Mélanchon, il a péché par ignorance et comme toujours par excès. Dire aux Antilles que le mort est beau, est chose banale qu’on entend à toutes les veillées mortuaires.
DISPARITION D’HUGO CHAVEZ
La locomotive économique de la Caraïbe menacée
À l’annonce de la mort du leader bolivarien de nombreux pays de l’Amérique Centrale et de la Caraïbe ont décrété un jour de deuil national. L’ampleur de l’activité du Venezuela au sein de sa zone a alors pris tout son sens.
On connaissait bien les liens – contestés – qu’entretenait le Venezuela avec Cuba ou l’Iran. En revanche, son intense implication dans l’économie des pays caribéens l’était bien moins. Le ciment de cette amitié : le pétrole dont les échanges sont régulés par l’accord Petrocaribe, passé entre le Venezuela et douze pays de la Caricom. Grâce à des conditions très généreuses — les importateurs de brut vénézuélien ne payaient que 5 à 50 % de leur facture, le reste faisait l’objet d’un crédit sur 25 ans à 1 % d’intérêt- Haïti, la Jamaïque et Cuba ont pu se soustraire à la pression de l’envolée des cours du brut. Ces accords ont démontré par ailleurs que les gouvernements caribéens analysaient l’influence et le mode de fonctionnement du gouvernement Chavez sous un tout autre prisme que l’Occident qui l’a érigé en dictateur aux positionnements extrêmes et à l’anti-américanisme assumé. Il n’en reste pas moins que, le 14 avril prochain, date de l’élection du successeur d’Hugo Chavez, la Caraïbe retiendra son souffle. « Si, les choses restent en l’état et que l’actuel président par intérim, Nicolas Madero, gagne les élections, il y aura continuité puisqu’il est issu du sérail Chaviste. En revanche, si c’est le candidat de l’opposition Henrique Capriles qui en sort vainqueur, les orientations de politique extérieures risquent de changer. Aux dernières élections, il avait pointé du doigt ces largesses qui représentaient un manque à gagner pour le pays » explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Un remaniement à la hausse du prix du brut vénézuélien serait un sérieux contretemps financier pour plusieurs pays de la Caraïbe et spécialement pour la Jamaïque qui est au bord de la crise de l’endettement.
CONTROVERSE
Du militaire à la fleur au fusil au politicien à la poigne de fer
Hugo Chavez, un nom, un personnage, une controverse. Qu’il agace ou convainc, Hugo Chavez ne laisse personne indifférent. Depuis son arrivée au pouvoir, il a été moteur d’une révolution bolivarienne, du nom de Simon Bolivar, père de l’indépendance au Venezuela. À mi-chemin entre le populisme exacerbé à la sauce latino-américaine et le communisme à la cubaine, l’homme est très vite devenu une personnalité politique incontournable. Il doit tout cela à ses efforts pour redonner espoir et dignité aux millions de miséreux du pays. S’il est targué de maladresse et de précipitation à ses débuts, au fil des années, la stratégie de Chavez s’est avérée payante et plus pointue qu’il n’y paraissait, puisqu’à la veille de sa mort il était encore adulé par des mi-lions de partisans. Ce ne sont pas les seuls aspects qui expliquent le mythe controversé Chavez. Accusé de main mise sur les médias alors que la majorité d’entre eux est contre lui et ne se gêne pas pour le dire, l’homme a multiplié les coups d’éclat et les discours houleux. Paradoxalement, plus la controverse était grande, plus le crédit et poids qui lui était accordés étaient grands.
TOUT CHANGE
La géopolitique a changé sur le continent américain
Chavez est à l’origine d’une vraie opposition économique aux pays du nord. Initiateur de l’accord de coopération énergétique Pétrocaribe, il est par ailleurs artisan de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), de la communauté des états latino-américains et caraïbes (Celac), de la banque du Sud et du conseil de défense sud-américain. Hugo Chavez n’a cessé d’œuvrer pour faire des pays du bassin caribéen un contre-pouvoir économique et politique aux états du nord quitte, au passage, à écailler une image dont il maîtrisait parfaitement l’impact. Pendant les 14 années passées à la tête du Venezuela ; le leader a tout fait pour que l’hégémonie nord-américaine s’estompe. Aujourd’hui ; le Brésil existe économiquement, mais le Mexique aussi va mieux. L’Amérique du Sud n’est plus la chasse gardée des USA. La géopolitique a quelque peu bougé depuis quelques temps dans cette partie du monde. Hugo Chavez avec ses excès, ses frasques, ses imprécations de gourou y est pour quelque chose.
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