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Les fièvres de la campagne

Drôle de campagne. Au vrai, elle n’est pas plus extraordinaire que les autres quoiqu’on dise. Au fond, cet exercice qui se veut démocratique a toujours pour finalité la proclamation d’une équipe avec à sa tête un leader, pour diriger une institution nommée Région, appelée à jouer dans un futur proche, un rôle encore plus majeur dans la vie économique du pays. C’est, je le concède, important pour la vie politique. C’est un rendez-vous attendu qui donne le la et qui permet surtout de mesurer la température de l’opinion, ses attentes, ses craintes ou ses espoirs, ses fureurs ou sa sérénité. Bref, les régionales sont devenues à notre échelle, l’équivalent d’une petite élection présidentielle. Cela peut effectivement faire tourner les têtes. Et elles tournent. On piaffe, on s’excite, on s’invective, et pourtant, en dépit de cette montée vertigineuse d’adrénaline, et quelle que soit l’ampleur de l’enjeu, ce n’est pas comme si la terre allait s’arrêter de tourner demain. Ce n’est même pas la guerre sur nos terres, avec son cortège d’horreurs et d’atrocités. Si celui ou celle qui a vos faveurs n’est pas élu, au lendemain de la proclamation des résultats, vous aurez la gueule de bois mais vous vous en remettrez. Allez, il faut juste souffler et respirer un bon coup. Dans quinze jours c’est fini.

Drôle de campagne tout de même parce que l’atmosphère est lourde. Les deux candidats les plus en vue se plaignent du mauvais traitement des médias. Personne n’est content ? Balle au centre. Drôle de campagne, mais pour autant, à l’Ouest rien de nouveau. En 2010, à pareille époque, l’air s’était tout autant électrisé. Les alliances ont été chamboulées. Personne n’est plus dans la même trajectoire. Mais rien n’a changé. Ceux que jadis, on portait au pinacle ont aujourd’hui des allures de scélérats. Il faut les écrabouiller. À l’inverse, d’autres se sont rabibochés, et se couvrent mutuellement de vertus. Les temps changent. La politique aussi. Mais c’est toujours la même rengaine.

Drôle de campagne aussi parce qu’elle n’est pas seulement au grand jour sur les médias. Là, les discours sont plus ou moins contenus. Simple convenance. Sur les estrades, dans les conférences ou meetings du soir, on se lâche on devient outrancier, souvent mensonger, parfois insultant et méprisant. Et pour tenir l’auditoire en haleine yo ka tiré. Et puis on jauge. Ici, celui-là a réuni tant de supporters. Là un autre en a fait plus. Et ça tire des conclusions sur la foi de son seul jugement qui lui-même s’en remet au pifomètre ou plutôt au  » jaugeomètre « . C’est le sondage compulsif du militant inquiet ou/et passionné.

Drôle de campagne surtout parce qu’elle se fait également par colportage de tous les ragots. C’est le soubassement de la campagne. À Trifouilly les oies, Tartampion qui était avec X roule désormais pour Y. Rien n’est moins sûr. Mais l’objectif c’est de déstabiliser l’adversaire. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Ce qui est nouveau, c’est l’utilisation des réseaux sociaux dans la campagne, pour faire circuler les rumeurs. Impossible de dire quel est l’impact réel de cette méthode. Ce qui est sûr c’est que ce n’est ni neutre et encore moins innocent. Est-on toujours dans les clous de la démocratie ? Voire ! Mais chacun sait que le système est loin d’être parfait.

Le Courrier de Guadeloupe a trois ans. Le 16 novembre 2012 paraissait en effet, le premier numéro de votre hebdomadaire. Au fil des mois, votre journal a affiché sa ligne éditoriale, son ton, un style. Nous remercions tous ceux qui depuis le début nous font confiance et tous ceux qui nous rejoignent. Pour l’occasion, et parce qu’un organe de presse est un organe vivant, votre journal évolue juste ce qu’il faut à travers le toilettage du rubriquage. Merci encore à tous.

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