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L’équipe d’Enquête exclusive côté pile

ENQUÊTE EXCLUSIVE EN GUADELOUPE

La chaîne hexagonale M6 n’a pas fait dans le détail et a présenté dans  » Enquête exclusive  » une Guadeloupe digne des pays les plus dangereux du monde. Le tout à coup d’images de vidéo surveillance et de scènes télé programmées. Résultat terrifiant garanti ! Le Courrier de Guadeloupe a mené la contre-enquête, publie en fac-similés un document exclusif sur le parti pris d » Enquête exclusive  » et révèle les coulisses d’un genre annoncé.

« Avec ses plages de sable fin, ses cocotiers et son soleil, la Guadeloupe a tout du paradis terrestre. Pourtant ce département est le plus criminogène de France « . Tel est le synopsis de l’émission  » Enquête exclusive : alerte en Guadeloupe  » diffusée le 16 février dernier par la chaîne M6. Pour autant lors de son apparition à la parade carnavalesque du Gosier (notre photo), le Goziéval, le 2 février dernier, le présentateur Bernard de la Villadière affublé de son équipe d’assistants, n’avait pas l’air particulièrement angoissé par le climat de violence dépeint dans son reportage. Sous sa casquette et malgré les cernes visibles, l’homme est souriant, chaleureux et disposé à serrer autant de mains qu’il y aura de personnes qui le reconnaissent. Le présentateur-reporteur se promène, déambulant à la suite des groupes de carnaval, commentant même d’une phrase la beauté de la parade. Non. En effet. S’il y a quelque chose de vrai dans le reportage, c’est que le climat qui règne en Guadeloupe ne perturbe pas le vacancier. Ni les équipes de tournage venues exclusivement raconter l’état d’alerte dans lequel vivraient les habitants.

La face qui gagne Insécurité, criminalité, prostitution, drogue, guerre, mafia… Autant de sujets pour le moins racoleurs dont toute une file d’émissions a fait sa manne. Accusés de voyeurisme, ces programmes basés sur l’investigation dans des lieux et sur des sujets controversés pour ne pas dire heurtant sont classés dans la catégorie magazines d’information. Après plus dix ans d’existence, l’émission Enquête exclusive mobilise à chaque fois une forte audience allant, parfois, jusqu’à exploser les scores comme avec l’émission de ce dimanche 16 février dernier où 1,3 million de spectateurs étaient devant leur téléviseur pour suivre le reportage sur la Guadeloupe.

 

FILMOGRAPHIE EXPRESS

Sébastien Clech, au cœur de l’action

Sébastien Clech est un réalisateur de documentaires expérimenté dont les films ont déjà été diffusés sur plusieurs chaînes plus ou moins importantes. On le retrouve donc sur Planète + No Limit notamment une chaîne qui déjà propose une série de documentaires s’employant à montrer l’envers du décor des îles paradisiaques. Même s’il ne participe pas à ses productions, son parcours montre que Sébastien Clech est un adepte des reportages musclés aux côtés des forces d’interventions de la police et de la gendarmerie. Ce n’est d’ailleurs pas le premier accroc fait à l’image de la Guadeloupe. Il avait déjà proposé au format Investigations de France Ô un documentaire de 50 minutes inclus dans la série  » Les routes du crime  » consacré à la Guadeloupe ou il suivait des gendarmes dans leur lutte contre les  » gangs  » de Guadeloupe dont leurs membres ont des attitudes comparables aux plus grandes têtes des gangs de Los Angeles. Rien que cela ! Un précédent reportage qui permet d’expliquer comment il a pu de nouveau entrer au cœur des actions des services de police. L’homme semble donc privilégier un journalisme musclé à la manière de celui qui fleurit désormais dans les nombreux formats télévisuels tels que 90′ Enquête ou encore Enquête Exclusive.

 

DÉONTOLOGIE

Liberté d’informer mais obligation d’équilibre

Controversé, décrié, critiqué. Le reportage d' » Enquête exclusive  » diffusé dimanche 16 février en seconde partie de soirée sur M6 continue de susciter des réactions.

Politiques, anonymes, professionnels du tourisme notamment, chacun s’est exprimé suite à la diffusion de l’émission  » Enquête exclusive : Alerte en Guadeloupe  » sur la chaîne M6. Axée sur la violence avec des images  » choc  » de drogue, prostitution et, entre autres, l’arrestation du chanteur Miky Ding la, l’émission est taxée d’avoir pendant plus d’1 h 30, grossi le contexte de violence que connaît l’archipel depuis quelques mois. Son crime supposé ? Avoir manipulé l’image, grâce à des montages astucieux et un focus évident pour créer un tableau factice et contribuer à diffuser une image totalement erronée de la réalité de l’île. Une pratique qui a déjà été reprochée à l’émission et à d’autres chaînes de télévision qui ont été épinglées ou mises en garde pour ces pratiques contraires à la déontologie journalistique.

Des pratiques avec lesquelles certains s’accommodent

«  Il y a une cohérence entre la manière de tourner et le discours de fond, on est soi-disant dans la vraie vie mais c’est complètement fabriqué (…) La journaliste insiste davantage sur tout ce qu’il y a de négatif et d’insupportable « . Ces propos prononcés par l’auteur de  » Les enfants de la dalle  » Marcel Trillat, après la diffusion d’un documentaire sur les banlieues dans  » Envoyé spécial  » datant de 1998 sont encore d’actualité. Entre images sensationnelles et course à l’audience, les raccourcis et clichés sont utilisés et contribuent pour beaucoup à la diffusion d’une réalité biaisée. Le reportage du 26 septembre 2013 d' » Envoyé spécial  »  » Villeneuve : le rêve brisé  » a fait l’objet d’une intervention du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui considérait que la chaîne France 2 ne respectait pas  » l’obligation déontologique prévue à l’article 35 de son cahier des charges ni la nécessité d’assurer la diversité des points de vue sur un sujet prêtant à controverse « . Les émissions du genre et la fabrication de ces reportages à sensation font souvent l’objet d’interrogations de la part des autorités en charge de la surveillance de l’information comme le CSA. En 2010,  » Enquête exclusive  » défrayait déjà la chronique après avoir été épinglée par le CSA pour son reportage sur  » Mayotte : les aventuriers de la France perdue  » dans lequel des images d’archives étaient insérées et laissaient supposer qu’un climat de violence constituait le quotidien de la vie à Mayotte. Plus récemment, en janvier 2012, TF1 avec  » Appels d’urgence  » a été mise en garde par le CSA pour avoir diffusé dans le cadre de ce reportage consacré au quotidien de plusieurs policiers des services d’investigation transversale (SIT) des images de vidéo-surveillance de Washington en 2005 et New-York en 2008. Des pratiques qui truquent l’information, braquent le téléspectateur au service duquel les journalistes sont censés être, et posent la question des mécanismes de contrôle du respect de la déontologie des médias notamment en télévision où l’impact des images est important.

 

M6 ET SES MÉTHODES TRASH POUR APPUYER LA OU CA FAIT MAL…

Le reportage réalisé par Sébastien Clech, diffusé dimanche 16 février dernier par M6 sur la violence en Guadeloupe a choqué les Guadeloupéens. Il ne s’agit nullement de nier la flambée de violence qui a affecté la Guadeloupe, ni même le caractère grave d’une telle situation. Mais il y a lieu de s’interroger sur plusieurs éléments qui ont entouré le tournage de ce reportage. D’abord, il est clair que M6 n’allait pas faire dans la dentelle, comme à l’accoutumée. C’est l’auteur lui-même du reportage Sébastien Clech qui l’indique dans un e-mail que nous publions «  Nous avons appuyé là où ça fait mal « . Il s’agit en réalité essentiellement d’un reportage sur la violence en Guadeloupe. On montre et on entend distinctement un gendarme déconseiller à un touriste en train de débarquer, le port d’un collier. Le tout sous l’œil de la caméra qui se trouve là, juste à point nommé pour filmer. Pur hasard ! Sauf que la scène a tout l’air d’avoir été télécommandée. Et puis il y a d’autres questions qui interpellent : avec un luxe de détails dans l’accoutrement des gendarmes, des scènes qu’un commando en guerre n’aurait sans doute pas renié, nous voilà jetés sur le vif, en direct, en pleine arrestation, de l’auteur prétendu de l’agression des gendarmes à Sainte-Rose. Sauf que le jeune homme arrêté lors de la scène et que le commentateur dit risquer 25 ans de prison a été libéré quelques jours plus tard. Fausse piste pour laquelle il a fallu déployer une grande mise en scène sous l’œil inquisiteur des caméras.

Profusion d’images de vidéo surveillance

Par ailleurs, il faudrait expliquer. Ou l’équipe de Sébastien Clech était dans les starting-blocks prête à prendre l’avion pour venir filmer et on peut se demander qui les a informés de l’opération, dans quel intérêt ? Ou alors l’équipe de Sébastien Clech s’est trouvée là, à point nommé. Pur flair, non ? Enfin, et c’est l’aspect le plus troublant de ce reportage. Pour faire nombre, Sébastien Clech n’a pas hésité à utiliser les images de vidéo surveillance qui lui ont été procurées… On ne sait par qui. Cette profusion d’images sur des faits passés, mais qu’on colle bout à bout, donne une impression d’accumulation. C’est comme si une affaire succédait à une autre sans discontinuer. Bref, on croirait presque que la vie en Guadeloupe se résume à une succession de crimes et de délits. Et ce ne sont pas les quelques plans surannés de deux ou trois touristes en goguette loin de la ville, sur un bateau, à l’abri donc des malfrats qui peuvent équilibrer un reportage, fabriqué résolument dans le but de noircir le tableau. Ensuite, on pourra toujours vendre plus cher l’écran pub sur M6 ?

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