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Le sport à bon escient

Juillet et août sont deux mois bénis par les férus de sport et d’événements sportifs, y compris d’ailleurs par ceux qui se contentent de les suivre affalés dans leurs divans, un verre à la main et qui sont incapables de monter dix marches d’escalier. À l’inverse, nombreux sont ceux qui voient arriver cette époque de l’année avec une pointe d’angoisse. Ils estiment qu’ils sont contraints et forcés de subir ce qu’ils considèrent comme des débordements intempestifs qui n’ont pas lieu d’être. La télévision les assomme de diffusions en direct, de rediffusions, de commentaires plus ou moins ineptes de journalistes et de consultants transformés en l’occasion en supporters chauvins. Lorsqu’ils descendent dans la rue, les allergiques aux compétitions sportives ne supportent pas non plus les éventuels déferlements de foule. Ils ne goûtent pas aux liesses populaires que peut susciter une victoire. C’est leur droit. Ils ont d’autres horizons, d’autres motivations, et ce n’est pas parce qu’ils sont moins nombreux qu’il ne faut pas tenir compte de leurs goûts et de leurs opinions. Cela peut paraître paradoxal, pourtant, le respect de la minorité devrait être le précepte essentiel qui guide toute bonne démocratie.

Pourquoi en parler maintenant ? Tout simplement parce que 2016 comble d’aise tous ceux qui ne pensent qu’à vibrer devant leur poste télé. Après Roland-Garros, nous avons eu en simultané Wimbledon, la Coupe d’Europe et un sacre manqué de l’équipe de France de football. Un gros coût de bambou s’est abattu sur l’égo national. Il s’en remettra. Nous voilà déjà au Tour de France, le Tour de Guadeloupe arrive en enfilade. Les Jeux olympiques serviront d’apothéose. Les anti-sport finiront par crier à l’overdose… Pendant ce temps, les autres calés, devant leur télé, vont s’extasier sur les exploits sportifs, applaudir aux performances exceptionnelles. Ils ont avec eux le calendrier. Grand bien leur fasse. Ils vont pouvoir supporter de toutes leurs forces leurs compatriotes. Advienne que pourra. Il faut toutefois espérer qu’au plus fort de la montée de l’adrénaline, les fans ne deviennent outranciers et… fanatiques. La compétition jusqu’à l’exacerbation aurait réussi à faire disparaître les guerres, peut-être pourrait-on y souscrire… Nous en sommes malheureusement fort loin.

Bien entendu, la réflexion vaut aussi pour le Tour de Guadeloupe. Le fâcheux épisode qui, en 2015, a vu deux coureurs cyclistes en venir aux mains en pleine course, sur fond de copieuse détestation, est regrettable. Il ne doit plus se renouveler. Le plus grave est pourtant ailleurs. Tous les commentaires nourris de considérations manifestement chauvines – si ce n’est pire – qui ont suivi l’incident n’honorent ni le sport ni ceux qui les ont tenus. La noblesse du sport se mesure à la retenue et au respect que doivent avoir entre eux les compétiteurs. Elle se fortifie encore davantage lorsque les fans peuvent respecter jusqu’à applaudir, celui qui a devancé leur champion et les autres aussi. Enfin, à tout prendre, mieux vaut le calendrier 2016 que celui de 2015. Ce n’est pourtant pas un choix en faveur des férus de sport au détriment de ceux qui n’en peuvent plus des compétitions sportives. La vérité c’est que nous pouvons nous réjouir que 2016 ne soit pas une année électorale. Cela nous évitera d’assister au concours de représentation et d’exposition auquel nous avons eu droit en 2015. À quelques mois des élections régionales.

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