Accueil France - Monde Le RN au Palais Bourbon : comment expliquer le résultat de l’extrême droite ?

Le RN au Palais Bourbon : comment expliquer le résultat de l’extrême droite ?

Marine Le Pen, à Hénin-Beaumont le 19 juin 2022 au soir du succès de son parti le Rassemblement national qui remporte 89 sièges de députés à l'Assemblée nationale.

« Rody Tolassy en Guadeloupe a manqué d’offrir à l’extrême droite ‘tout un symbole’. La poussée du RN avait été invisibilisée dans les commentaires médiatiques. Le vote RN peut aussi être un vote de classe moyenne et de classe aisée. Rejet du gauchisme culturel, demande de régulation migratoire et de sécurité. Un vote anti-Macron. » Revue de presse du jour d’après la percée de l’extrême droite aux législatives.

 

C’est un tremblement de terre dans l’histoire récente de la politique française, le Rassemblement national (RN) qui depuis sa création ne pèse que très peu dans le poids des décisions à l’Assemblée nationale, et pour cause le nombre de sièges le plus élevé dont il a bénéficié était de 35 en 1986 à la faveur d’un scrutin proportionnel, crée la surprise en obtenant plus de 4 millions de voix et 89 sièges à la chambre basse du Parlement au terme des 577 scrutins majoritaires à deux tours des 18 et 19 juin. Ce nombre de députés lui permet à lui seul et sans alliés, d’être le premier parti d’opposition et de peser pour la première fois dans l’hémicycle. Comment expliquer une telle montée en puissance passée complètement sous les radars ? Revue de presse à l’intérieur des frontières géographiques et idéologiques de la France.

 

• Explosion du front républicain

« Résultats législatives 2022 : le RN fait exploser le ‘front républicain’  » titre Le Figaro dans un article publié le 20 juin. « Au-delà de ses fiefs historiques, le RN conquiert également de nouveaux territoires (…) En Picardie comme en Champagne, le parti à la flamme prospère sur les anciennes terres populaires jusque-là acquises à la droite » décrit le quotidien de droite. « Dans la soixantaine de circonscriptions où s’affrontaient au second tour RN et Nupes, électeurs de LR comme d’Ensemble ! semblent avoir penché pour le premier afin de faire barrage à la force de Jean-Luc Mélenchon. Tel a été le cas dans la 4e circonscription du Loiret où, après avoir éliminé l’ancien ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, les électeurs ont préféré élire au second tour le candidat RN, Thomas Ménagé, plutôt que son rival communiste » détaille l’article. Pour lefigaro.fr « l’élection de nouveaux députés Rassemblement national s’est révélée possible dans nombre de territoires grâce à l’érosion du ‘front républicain' ». Il ne serait plus temps de défendre les valeurs républicaines de liberté, égalité et fraternité. Il serait de bon ton d’instaurer des discriminations liées à la nationalité, à l’origine, à la naissance, et des droits prioritaires pour ceux qui seraient porteurs de l’identité majoritaire, économique, culturelle, linguistique. Un retournement des idées et des croyances qui s’illustre jusque dans les territoires d’Outre-mer réputés allergiques aux discriminations et abolitionnistes. « Reste pour le Rassemblement national une petite source de déception. La défaite essuyée au second tour par son délégué départemental de Guadeloupe, Rody Tolassy, pourtant arrivé en tête au premier dans la 3e circonscription de l’île. Décrocher un député ultramarin, particulièrement dans les Antilles où Jean-Marie Le Pen n’avait pu poser le pied en raison de manifestations contre sa venue en 1987 aurait tout eu du symbole » conclut l’article.

 

• Démence médiatique

La chaîne France 24 pointe une campagne plutôt oisive d’une Marine Le Pen qui estimait que les pouvoirs allaient revenir au président :  » La campagne des législatives menée par Marine Le Pen a pourtant été peu offensive, voire timide. Partie en vacances après sa défaite à l’élection présidentielle face à Emmanuel Macron, elle a offert, pour son retour médiatique deux semaines plus tard, des pronostics jugés démobilisateurs. Je pense que la logique des institutions veut que le président de la République ait une majorité. Tous ceux qui racontent autre chose racontent des fables, déclarait-elle le 10 mai au 20 heures de TF1″. De même lemonde.fr rapporte un parti RN fantomatique dans les commentaires médiatiques annexés par les performances de la Nupes. Le RN enregistrait pourtant un score historique aux législatives :  » Au soir du premier tour des législatives, le 12 juin 2022, la poussée du RN avait été invisibilisée dans les commentaires médiatiques par les performances de la Nupes, la coalition de gauche construite par et autour du leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, avec 18,7 % des exprimés, le RN avait atteint son plus haut niveau historique à des législatives en France « . Une invisibilité et une absence de commentaires qui traduisent une démence médiatique et ont fait le lit de l’explosion du front républicain.

 

• Aussi un vote de classe moyenne et de classe aisée

Pour 20minutes.fr l’élimination dès le premier tour des partis traditionnels, notamment Les Républicains, à contribuer à favoriser le Rassemblement national. Dans un article publié le 21 juin à 15 h 57 et titré « Législatives 2022 dans le Nord : Comment le RN a réussi s’implanter au-delà des frontières du bassin minier », le quotidien gratuit relate une dynamique sociale. « Cantonné jusqu’ici dans un bassin minier défavorisé, le vote Rassemblement National s’exporte désormais dans la région vers des territoires aisés (Flandres) mais aussi urbains comme le montre la 5e circonscription du Nord située dans la métropole lilloise. C’est une circonscription périurbaine qui vote à droite depuis 20 ans. Mais le candidat LR ayant été éliminé au premier tour, les électeurs ont préféré le RN à la Nupes. Il y a un accroissement des clivages territoriaux y compris dans la métropole. Mais on a aussi oublié que le vote RN pouvait aussi être un vote de classe moyenne et de classe aisée » analyse Tristan Haute maître de conférences en sciences politiques interrogé par François Launay. Le quotidien gratuit souligne qu’une majorité présidentielle qui n’appelle qu’à demi-mot au barrage du RN en votant Nupes crée une confusion et permet au parti de Marine Le Pen de devenir un vote utile :  » Il y a eu un front anti-Macron, un front anti-Nupes avec la figure de Jean-Luc Mélenchon mais aussi la fin du front républicain. La majorité présidentielle n’a pas appelé à voter clairement pour les candidats Nupes et ça, ça finit par brouiller les pistes. Du coup, le RN a fini par exploser son plafond de verre car c’est devenu un vote attrape-tout « .

 

• Rejet du gauchisme culturel, demande de régulation migratoire et de sécurité

France Inter dans son podcast « En toute objectivité » diffusé le 20 juin décèle un phénomène de vote contre le pouvoir exécutif et non pour le Rassemblement national : » Le pays plus que jamais et en particulier les ouvriers, les non-diplômés, les actifs employés et indépendant votent Rassemblement national sans faire de bruits […] ils sont furieux contre la politique d’Emmanuel Macron ils veulent du social mais le gauchisme culturel ce n’est pas leur truc et puis toutes les enquêtes le montrent même chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon il y a une demande de régulation des flux migratoires, une demande de sécurité, donc ils cognent contre le système un peu plus fort.  »

 

• Un vote anti-Macron

Sur le même ton de l’explication d’un vote sanction, la station radio RTL dans son podcast  » Focus  » diffusé le 20 juin à 16 h 57 met en lumière le changement radical des électeurs entre les deux tours afin d’appuyer leur désaccord face au président : » On a vu ce dimanche des électeurs qui avait voté notamment pour les candidatures Nupes au premier tour qui ont porté pour un quart d’entre eux leurs voies vers le ou la candidature soutenue par Marine Le Pen. Ce n’est pas forcément un soutien à l’égard de cette formation politique où à l’égard de ses candidats mais c’est clairement un vote d’opposition à Emmanuel Macron pour ce qu’il représente personnellement mais également pour ce qu’il représente politiquement et avec une tension extrêmement forte notamment autour de la question du changement de départ de l’âge légal à la retraite. « 

Poster un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.