Beauport, le 22 juin 2021. Le train touristique et l'ancienne usine de Beauport dont une partie a été remise en état au premier plan.

Après l’inauguration de sa nouvelle gare et de son nouveau train en juillet 2020 afin d’emmener les visiteurs dans des balades au cœur des champs de canne de Beauport, le conseil départemental a publié un appel aux artistes pour la réalisation d’un habillage visuel des murs du “Pays de la canne” à Port-Louis. Ce sont pas moins de 100m2 à “habiller”. Les artistes ou collectifs du territoire ont jusqu’au 28 juillet à minuit pour proposer un projet artistique pérenne “en accord avec l’histoire du site.” Beauport est un lieu majeur de l’histoire du Nord Grande-Terre, il fut un haut lieu de l’industrie sucrière, d’abord habitation-sucrerie au XVIIIe siècle puis transformée en usine moderne dès 1863. Beauport, propriété de la famille Souques, n’a pas tardé à devenir la seconde usine la plus importante de l’île avant de connaître une fermeture définitive en 1990. Mais la vie de Beauport est aussi le symbole de la vie des habitants du Nord Grande-Terre pour qui la fin de cette aventure industrielle a laissé un vide économique et social pour une grande partie des familles qui vivaient de l’activité de l’usine. Aujourd’hui, Beauport Guadeloupe est la propriété du conseil départemental et est géré par la Sem patrimoniale Région Guadeloupe.

Depuis de nombreuses années, les gestionnaires tentent de redynamiser le site à travers une programmation riche. L’opération “Réinventer Beauport” s’inscrit dans cette dynamique. La sélection des projets artistiques se fera selon des critères prédéfinis tels que le “caractère innovant, créatif, contemporain et la qualité de la proposition artistique” mais aussi la cohérence de la proposition avec le site ainsi que les actions de médiation proposées au moment de la création.

L’idée d’un dialogue de l’art contemporain et en particulier du street art et du patrimoine n’est pas nouvelle. Le happening d’art contemporain “Histoire en graff” qui a eu lieu sur le site historique de l’Habitation Zévallos en 2018 avait permis à des graffeurs tels que Shuck One ou Steek Ones, de donner au public un nouveau regard sur le patrimoine. Elle est également développée à Pointe-à-Pitre à travers le “World kréyol art festival”, qui pourrait faire de la ville, la capitale guadeloupéenne du street art. A moins que Port-Louis ne vienne concurrencer ce titre avec son “Mouvances art festival” qui s’est déroulé en mai dernier et qui a permis de redonner des couleurs à la ville.

Seulement, à regarder l’état de délabrement avancé des bâtiments industriels de l’ancienne usine de Beauport, on peut s’interroger sur le sens du slogan “Réinventer Beauport” utilisé pour présenter l’appel à artistes. S’agit-il d’une opération cache-misère à bas coût afin de mettre les poussières du passé sous le tapis ? Malgré un investissement de plus d’1,5 millions (source : FB Conseil Départemental de la Guadeloupe) en 2018 “pour réhabiliter les bâtiments et améliorer l’équipement”, certains hangars pourtant représentatifs du fonctionnement de l’usine de Beauport et bien visibles depuis le site semblent laissés à l’abandon. Alors, à quand une véritable protection patrimoniale (classement, ou inscription au titre des monuments historiques, ou autre) et une politique de conservation plus ambitieuse pour ce site majeur de la mémoire industrielle et sociale de l’archipel ?

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