Le débat télévisé d’entre les deux tours de l’élection présidentielle qui a opposé Emmanuel Macron à Marine Le Pen a donné lieu à un spectacle pitoyable. Marine Le Pen avait décidé de le pourrir. Ce n’était certainement pas la meilleure façon de se présidentialiser. Après tout c’est son choix. Sauf que je ne suis pas sûr que les Français soient friands de la méthode. Ce n’est pourtant pas cette tactique suicidaire qui lui a porté le plus grand préjudice lors de ce débat. Marine Le Pen a simplement démontré mercredi 3 mars devant 16 millions de téléspectateurs qu’elle n’était pas du niveau de la fonction. Ni sur la forme, ni sur le fond. Sur la forme, elle a complètement zappé les fondamentaux de l’exercice qui a pour objectif de convaincre : clarté dans le propos, justesse et force de l’argumentaire, conviction dans le ton et si possible, comme l’a dit Emmanuel Macron, esprit de finesse. Ce fut plutôt un parcours au bulldozer.
Sur le fond, ce fut encore pire. Marine Le Pen a parsemé ses interventions de contre-vérités, et de graves approximations. Qu’elle s’emmêle les pinceaux entre les dossiers SFR et Alstom alors qu’elle avait constamment le nez plongé dans ses notes en dit déjà long sur ses réelles compétences. Qu’elle puisse asséner des inepties monumentales sur l’euro, et surtout débiter la fable du franc qui aurait coexisté avec une deuxième monnaie dont on ne s’est pas si c’était déjà l’euro ou l’écu a de quoi frapper de stupeur. Or la sortie de l’Europe avec pour corollaire l’abandon de la monnaie unique est l’un des volets emblématiques de son programme. C’est ce dossier qu’elle aurait dû le mieux maîtriser. Ce fut plutôt un désastre.
Au lendemain du débat, le quotidien Le Figaro et quelques autres journaux ont indiqué que Marine Le Pen a été dominée par Emmanuel Macron. C’est le moins qu’on puisse dire. La véritable information aurait consisté à expliquer aux Français que Madame Le Pen n’a pas l’envergure nécessaire pour l’exercice de la fonction de président de la République. Le costume est encore trop grand pour elle. Les commentateurs de LCI ont dit en creux que la prestation de Marine Le Pen était calamiteuse. Cela ne les empêche pas d’expliquer, de comprendre, de justifier sa stratégie. Un peu comme s’il fallait faire preuve de compassion envers celle qui n’arrive pas encore mais qui finira bien par arriver… et Tutti quanti. Marine Le Pen qui ne perd pas une occasion de vilipender les médias devrait au contraire les remercier devant tant de mansuétude.
La piètre performance de la candidate du Front National nous a privés d’une réelle évaluation de celle d’Emmanuel Macron, dont le plus grand mérite c’est de n’être pas sorti de ses gonds. La plupart des observateurs estiment que c’est déjà une performance. La capacité de faire front par temps de tempête avec calme, et maîtrise de soi lève un pan sur la personnalité de celui qui en fait montre. C’est plutôt un atout dans l’exercice de la fonction. Toutefois, Emmanuel Macron n’a pas été poussé dans ses retranchements, puisqu’il n’y a pas eu de débat. Le candidat d’En Marche ! s’en accommode certainement. Les Français auraient sûrement préféré en savoir davantage sur les capacités de celui qui envisage de les gouverner.
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