Pas de médicament, pas d’aiguille, pas de liquide vaisselle, pas d’alèze, pas de couche. Des services affectés au même matériel. Le personnel du CHU affilié à l’UTS-UGTG réuni au siège du syndicat a dressé un tableau catastrophique de l’établissement.
La réunion syndicale de l’UTS-UGTG qui se tient au siège de l’UTS-UGTG quartier de l’Assainissement à Pointe-à-Pitre ce mercredi 15 février a un caractère solennel. Pas de slogans enflammés. Pas d’excitation. Une quarantaine de syndicalistes sont réunis à table et debout sous la houlette de Gaby Clavier, leur leader. Ils mettent en place les modalités de la grève générale du jeudi 16 février. Ambiance de travail où le calme des syndicalistes jure avec leur inquiétude. Claudine, infirmière en est presque à pleurer : » Un homme d’une soixantaine d’années est mort au CHU hier après-midi. Il a dû attendre trois heures aux urgences avant qu’on puisse lui prodiguer des soins au bloc angyo-coronarographie. La place était occupée par le service de la radio. C’est grave monsieur, grave « , répète Claudine avec une infinie tristesse dans la voix. À sa droite, Béatrice exprime plutôt une colère sourde : » Ce n’est plus du syndicalisme. C’est le cri d’alarme poussé par des soignants qui, confrontés à l’état de dénuement de l’hôpital, sont au bord de la rupture « , proteste-t-elle. Claudine explique pourquoi le sexagénaire est mort : le même local et la même logistique sont partagés depuis plusieurs années par deux services : la cardiologie et la radiologie. Le jeudi après-midi et le mardi matin priorité à la radio. Lorsqu’un malade victime d’un infarctus a le malheur d’arriver dans ces deux fenêtres, il va aux urgences. À ses risques et périls.
Les petits vieux gravissent et descendent les escaliers
» Le CHU était habitué à la pénurie. Là il est confronté à l’indigence. Nous n’étions jamais arrivés à ce stade avant l’arrivée du nouveau directeur « , déplore Béatrice. Infirmière, au service ophtalmologie, elle estime que le personnel soignant traverse une crise psychologique grave due à la réalité de chaque jour. » Nous achetons nous-mêmes les gouttes qui serviront aux malades grâce à une ordonnance que nous prescrit le médecin du service. Chaque infirmière se balade avec ses gouttes en poche. C’est ça ou le malade n’est pas soigné « . Le propos est confirmé par Malika, infirmière elle aussi : » Nous n’avons pas d’aiguille, pas de tube pour les prises de sang. Pas d’alèze, pas de couche. C’est le personnel qui achète du liquide vaisselle, des médicaments, du sucre pour les diabétiques. Le malade arrive, le médecin établit une prescription et celui qui l’accompagne va acheter le médicament en pharmacie. C’est horrible « . Pourquoi le CHU ne dispose-t-il pas de médicaments ? À cette question, les salariés répondent en chœur, Gaby Clavier compris : » Les fournisseurs ne sont pas payés. Ils ne livrent plus « . Une entreprise privée, confrontée à une telle situation serait contrainte au dépôt de bilan fait remarquer une dame au bout de la table. » Les services qui s’occupent des commandes nous ont expliqué qu’ils ont commandé en juillet 2016 des marchandises qui ne sont jamais arrivées « , déplore Claudine. Gaby Clavier intervient : » Nous n’évoquons même pas les ascenseurs qui ne fonctionnent plus, les services installés dans des locaux insalubres « . Béatrice saute sur l’occasion : » Le service gérontologie est au sous-sol. Cela fait plusieurs mois que l’ascenseur ne fonctionne pas. Les brancardiers aident les petits vieux et les petites vieilles à gravir et descendre les escaliers. Cela fait mal au cœur. «
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