Le Bik a jénès s’est donc tenu. Il est trop tôt pour tirer déjà la quintessence de ce rassemblement de jeunes, sensé – par leurs échanges et leurs réflexions — servir d’aiguillon au pays Guadeloupe, étant entendu que la jeunesse d’une société est son indispensable catalyseur. Disons d’emblée, sans entrer dans l’analyse de son contenu, que ce Bik a jénès a deux mérites. Le premier c’est de s’être tenu. Cela prouve qu’il y a une jeunesse guadeloupéenne qui peu ou prou se revendique en tant que telle et qui est consciente de ce qu’elle représente. C’est déjà cela ! Le deuxième point positif de cette manifestation c’est tout compte fait, le mode opératoire adopté par cette jeunesse pour signifier à la Guadeloupe entière qu’elle existe et qu’elle entend compter dans l’avenir du pays : le rassemblement, la discussion, l’échange. C’est la démonstration de l’acquisition d’un certain niveau quant aux règles de civilité. C’est plus qu’encourageant. Reste que cette jeunesse éparpillée, protéiforme, multifacette, est à un tournant de l’histoire de notre société. C’est elle qui devra assumer non pas comme on le dit à tort, les conséquences de la crise, mais les bouleversements d’un monde qui subit de plein fouet une quadruple mutation. Mais dans le même temps, cette jeunesse est au final mieux armée pour y faire face. La génération actuellement aux commandes est déjà dépassée. Elle a du mal à assimiler la première mutation qui est géopolitique : le centre nerveux du monde se déplace de l’Europe et des États unis vers la Chine, l’Inde et le Brésil… Les jeunes eux s’en battent l’œil. Avec la mutation numérique la jeunesse est en plein dans son monde. Et peu importe qu’il soit souvent virtuel ce monde, garçons et filles plus ils sont jeunes, mieux ils gèrent. La mutation écologique elle aussi est beaucoup mieux intégrée par les jeunes que par leurs devanciers. C’est peut-être l’un des rares domaines, où la nouvelle génération a été mieux éduquée que ses parents. La mutation génétique elle, pose autant de problèmes aux uns qu’aux autres. L’homme change de statut. Il devient démiurge. Mais ce ne sera bientôt plus de notre responsabilité, mais celle de la jeunesse. Je n’ai aucune crainte. Elle assumera. L’autre mutation est économique. C’est la mondialisation. C’est elle, qui pour l’heure, nous donne le plus le tournis. Consciemment, et plus souvent inconsciemment, nous faisons de la résistance. Les jeunes eux sont déjà citoyens du monde. Ils ont depuis longtemps compris qu’avec le web, il n’y a plus de distance entre Pékin et Pointe-à-Pitre. Les nouveaux modes de production et de commercialisation ne les inquiètent pas outre mesure. En clair la jeunesse actuelle n’est pas moins armée que la génération qui la précède. En revanche, la fracture entre une jeunesse formée, éduquée, privilégiée en quelque sorte et une jeunesse démunie, sans qualification, voire illettrée, et par conséquent perdue, s’est accentuée. Et y remédier n’est pas de la responsabilité des jeunes, mais de celle de la génération actuellement aux commandes. À chacun son rôle.
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