ÉVÉNEMENT
Gourde-liane a oublié la polémique
À une semaine du coup d’envoi du premier tour de la Coupe Davis qui verra la France accueillir le Canada, la polémique a laissé la place aux préparatifs et à l’enthousiasme des organisateurs qui promettent un grand succès populaire.
La rencontre France-Canada de tennis comptant pour le premier tour de la Coupe Davis a donné lieu à ses premiers échanges, il y a deux mois et demi, loin des courts du vélodrome Amédée-Detraux de Baie-Mahault. Le 4 décembre 2015, en pleine campagne électorale des régionales, Victorin Lurel alors président de Région déclarait sur sa page Facebook : » J’apprends que la Guadeloupe accueillera bien le 1er tour de la Coupe Davis du 4 au 6 mars au vélodrome régional de Gourde-Liane. Je suis fier d’avoir apporté tout mon soutien à ce projet de la Ligue guadeloupéenne de tennis. » Le 28 décembre sur le même réseau social, Ary Chalus, victorieux du second tour de scrutin le 16 décembre, provoque la surprise en dénonçant : » L’exécutif sortant (qui) n’a pas hésité à 4 jours du premier tour de l’élection régionale à faire preuve d’inconséquence en engageant de manière inconsidérée la collectivité « . Le nouvel exécutif régional devait finalement donner son accord pour que cette rencontre sportive de premier plan soit organisée en Guadeloupe. Sollicité lundi 22 février pour un entretien sur l’avancement de l’organisation et les premières évaluations, les services d’Ary Chalus ont fait savoir que le président de Région ne souhaitait pas s’exprimer. La polémique s’est tue. La Région et la ville de Baie-Mahault ont mobilisé des moyens humains et financiers pour que les infrastructures du vélodrome de Gourde-Liane soient à la hauteur de l’événement. Pour Christian Forbin, » les retombées d’une telle manifestation ne sont ni directes, ni immédiates. » Selon le président de la ligue régionale de tennis, la Coupe Davis est d’abord une opération de communication puisque » la Guadeloupe sera regardée par des millions de téléspectateurs dans le monde « . Interrogé sur l’engouement du public, le dirigeant du tennis local se montre optimiste. Les réactions que nous avons recueillies auprès de Guadeloupéens confirment un regard majoritairement positif sur l’organisation de cette compétition internationale dans le département. Martin Laurendeau, entraîneur de l’équipe de tennis du Canada qui a répondu aux questions du Courrier de Guadeloupe, souligne que le choix de la Guadeloupe pour disputer ce premier tour relève d’une stratégie sportive bien pensée par Yannick Noah.
Une compétition vieille de 116 ans
Tournoi de tennis international masculin annuel et par équipes, la Coupe Davis est la seule compétition masculine collective de l’année. Elle a été créée en 1900 par un étudiant américain du nom de Dwight Davis. Elle réunit l’élite du tennis et comprend des épreuves disputées en simple et en double. Les équipes ont jusqu’à dix jours pour dévoiler la composition de leur sélection, sans obligatoirement préciser qui disputera les simples ou les doubles. À ce jour, 133 nations ont participé à la Coupe Davis. Avec 32 victoires en 61 participations, les États-Unis détiennent le record de coupes remportées. La France détient neuf titres. Depuis 2009, les joueurs qui participent à la Coupe Davis engrangent des points au classement ATP. Du 4 au 6 mars, sept autres rencontres se dérouleront pour le compte du 1er tour de l’édition 2 016 en Grande-Bretagne, Serbie, Italie, Pologne, Allemagne, Australie et Belgique.
Quel(s) match(s) regarder ?
Les rencontres qui mènent à la conquête du Saladier d’argent (photo) sont organisées en quatre simples entrecoupés d’un double. Le premier match du vendredi 4 mars verra s’affronter le joueur numéro 1 de la première équipe au numéro 2 de la deuxième. Le numéro 1 de la deuxième équipe et le numéro 2 de la première leur succéderont sur le court. Le match du samedi 5 mars se joue en double, il peut opposer n’importe quel joueur des deux équipes. Le dimanche 6 mars les numéros 1 des deux équipes s’affrontent lors du premier match, et les numéros 2 lors du dernier match.
REPORTAGE
le vélodrome à l’heure du défi français
Le maître d’œuvre explique comment il a transformé l’enceinte cycliste en grandiose arène tennistique.
Lundi 22 février 11 heures. Vélodrome Amédée-Detraux à Baie-Mahault. Sous un soleil de plomb, une trentaine d’ouvriers s’affairent à niveler deux courts annexes destinés à l’entraînement des joueurs qui disputeront la Coupe Davis. Le plus âgé, un homme aux larges épaules, donne des instructions précises : » Il faut repasser au moins deux fois le rouleau sur toute cette bande » indique-t-il à ses collaborateurs. Pour l’heure, les courts se résument à deux surfaces couvertes d’une couche de calcaire. Le » marquage du court central est déjà fini « exulte plus loin un technicien. Légèrement décalé côté gradin et clôturé par la piste cyclable du vélodrome, le court où sera disputée la compétition exhibe sa tenue rouge brique. Plus loin, dans le bâtiment où les panneaux indiquent les loges du comité cycliste de Guadeloupe, Franck Desfonds, patron de la société éponyme spécialisé dans l’agencement de ce genre d’infrastructures, installé à son bureau devant une dizaine de croquis, se dit heureux : » Nous sommes dans le timing. Les gradins sont installés. Demain, tous les courts seront opérationnels. La fête peut commencer « . Le maître à penser de cette réalisation s’étonne lorsque nous le questionnons sur la complexité de transformer le vélodrome en court de tennis. « La finale de la Coupe Davis 2 014 sur le stade Grimonprez de Lille, c’était bien plus entortillé. Nous l’avons fait ! Lever sans l’abîmer 20 tonnes de gazon exige un énorme savoir-faire et une main-d’œuvre conséquente. Notre entreprise, c’est de la haute couture en matière d’événementiels sportifs « ajoute-t-il dans un éclat de rires. Pour Franck Desfonds, faire voyager de la terre battue n’a rien d’exceptionnel. L’homme raconte Lille, où » l’entreprise avait fait venir de l’Oise par camion, le craon, un calcaire spécifique. »
INTERVIEW
Christian Forbin : » Tout est prêt «
Nous avons joint par téléphone le président de la ligue guadeloupéenne de tennis mardi 23 février. Il nous a confié son exaltation à une semaine de l’événement et nous a révélé les coulisses de l’organisation.
Le Courrier de Guadeloupe : Quel est le rôle de la ligue de tennis de Guadeloupe dans l’organisation de cet événement Coupe Davis ?
Christian Forbin : La fédération française de tennis reçoit le Canada sur le territoire de l’une de ses ligues dans le cadre d’une rencontre internationale. La ligue de Guadeloupe joue un rôle de facilitateur. La fédération a déjà ses trois partenaires internationaux. Les partenaires locaux seront hors caméra. Ils interviennent dans le cadre d’échanges de marchandises pour le transport et l’alimentation.
Et dans l’organisation sportive ?
Des jeunes guadeloupéens, joueurs de tennis, seront ramasseurs de balle. C’est une compétition internationale et la fédération a demandé que soient retenus les plus aguerris d’entre eux, ceux qui ont déjà officié à Roland Garros. La ligue a fait appel en renfort à des Martiniquais et à des Guyanais. Les joueurs en compétition se déplacent avec leur cordeur, leur ostéopathe, leur kinésithérapeute, leur médecin. Celui de la ligue, le docteur Samyde, vient en complément de l’équipe médicale. Outre le domaine sportif, la Guadeloupe fournit la blanchisserie (Blanchisserie du soleil), l’eau (Capes dolé), et le téléphone (Orange Caraïbes).
Êtes-vous satisfait du déroulement des opérations ?
Tout-à-fait. Tout est prêt. 90 % des billets étaient vendus au 15 février. La Coupe Davis est surtout un outil de communication. Il y a trois publics : ceux qui jouent au tennis, ceux qui ont joué et ceux qui viennent au spectacle. La fédération s’est impliquée. Samedi 27 février au matin, la ligue organise une séance d’initiation avec les jeunes des milieux défavorisés. Nous créons un pack tennis avec journées portes ouvertes et initiation au tennis, les 12 et 19 mars. Il y aura ensuite des stages à Pâques, dans les clubs et à la ligue.
420 tonnes de calcaire
Pour arriver en Guadeloupe, 420 tonnes d’un calcaire appelé craon coûtant 120 euros la tonne ont été conditionnés dans des sacs énormes. Organiser la Coupe Davis en Guadeloupe a permis aussi à une cinquantaine d’entreprises de Guadeloupe de travailler, y compris les sous-traitants. Des maçons, des terrassiers, des électriciens, des plombiers, des carreleurs, des peintres, des menuisiers, des installateurs de climatiseurs ont réparé, poli, changé, connecté, astiqué, repeint pendant trois semaines. Désormais, les vestiaires arborent un standing certain et les murs resplendissent. 7 159 places ont été installées dans des gradins. Le chiffre pourrait atteindre 8000, si besoin est. « J’ai découvert qu’il y avait d’excellentes entreprises en Guadeloupe” affirme Franck Desfonds qui dirige l’aménagement des courts, des vestiaires et des tribunes. Des travaux qui auront donné un coup de jeune au vélodrome Amédée-Detraux.
TROIS QUESTIONS A:
» Yannick Noah a décidé de rendre les choses très difficiles «
Martin Laurendeau entraîneur de l’équipe de tennis du Canada a donné une conférence de presse téléphonique depuis Toronto. Le Courrier de Guadeloupe a pu l’interroger.
C’est au cours d’une conférence de presse téléphonique bilingue anglais-français organisée le 23 février dernier à 15 h 30 depuis le Canada que le capitaine canadien Martin Laurendeau a révélé sa sélection pour la Coupe Davis. Frank Dancevic, Daniel Nestor, Vasek Pospisil et Milos Raonic prendront part à la rencontre contre la France. Filip Peliwo et Adil Shamasdin seront leurs partenaires d’entraînement. Laurendeau a répondu aux questions de La Presse Canadienne, de RTS, du Toronto Star, de Tennis Canada et du Courrier de Guadeloupe, seul média français participant.
Le Courrier de Guadeloupe : Dans quel état d’esprit abordez-vous cette Coupe Davis ?
Martin Laurendeau : C’est une tâche très ardue parce qu’au-delà des conditions de jeux, ce sont quatre joueurs du top 16 qui nous attendent, avec un cinquième qui n’est pas mauvais non plus et un capitaine qui a de la bouteille. Nous sommes confrontés à un défi. On le sait depuis le début. Cela sera une rencontre très difficile à tous points de vue.
Que vous inspire le choix de Yannick Noah de disputer cette phase en Guadeloupe ?
Quand on doit jouer la France à l’étranger elle a plusieurs options devant elle. Yannick a décidé de rendre les choses très difficiles en choisissant pour surface la terre battue, et un lieu où il fait chaud et humide. Il fait son devoir de capitaine. Mais nous sommes des professionnels, les joueurs savent s’adapter constamment sur le circuit.
À partir de quand serez-vous présents en Guadeloupe ?
Nous sommes les invités de la fédération française de tennis. Nos joueurs arriveront de divers lieux. À l’heure où je vous parle, certains sont en train de disputer des tournois. Les premiers, Franck Dancevic et Adil Shamasdin, arriveront dès mercredi avec certains membres de notre staff. Les autres rejoindront le groupe dès qu’ils le pourront. Les terrains d’entraînement seront prêts dès le jeudi 25. Nous y seront.
La santé de Milos Raonic inquiète les médias canadiens
La santé de Milos Raonic, meilleur joueur de la sélection canadienne et 13ème joueur mondial au classement ATP, est au cœur des préoccupations de la presse canadienne. Curtis Roach du Toronto Star a posé la première question à Martin Laurendeau en conférence téléphonique le 23 février. Le journaliste a abordé d’emblée le sujet de la forme de Milos Raonic. Diana Hayfield de RTS, que le ton calme et posé du capitaine canadien n’a pas rassurée, a insisté : » Ma question concerne Milos Raonic. Lui avez-vous parlé pour avoir une réponse définitive de sa part quant à sa participation effective ? Va-t-il faire le voyage ? Allez-vous décider sur place de sa disponibilité ou pas pour l’équipe ? » Martin Laurendeau a expliqué que son meilleur joueur était blessé à la hanche, qu’il serait du voyage, mais que sa participation sera soumise au dernier moment à un avis médical. Sur les onze questions posées à Laurendeau, huit ont concerné Milos Raonic. Le temps où les questions porteront sur la Guadeloupe viendra sans doute…
VOX POP
Selon vous, l’organisation de la Coupe Davis est-elle une bonne chose ?
Prescile Adolphe, 19 ans, 1ère année de médecine, Gosier
» C’est une bonne chose selon moi, mais il y a des inconvénients et des avantages, notamment pour ce qui est du budget pour organiser la manifestation. Ça va nous coûter très cher mais dans le même temps le sport fait partie de la culture du Guadeloupéen et c’est un événement de plus pour faire parler de nous. J’espère juste que les recettes permettront de compenser les millions d’euros investis. «
Philippe A-Habazac, 58 ans, commerçant, Lamentin
» Je pense que ça peut être une bonne chose pour la renommée de la Guadeloupe. Une partie des installations doit être conservée, donc les jeunes pourront profiter de ces nouvelles infrastructures sportives au vélodrome. En ce qui concerne le tourisme, si cette manifestation permet de mieux faire connaître la Guadeloupe, tant mieux. En revanche les polémiques sont surabondantes en Guadeloupe et elles ne font rien avancer. «
Irma Jean-Louis, 60 ans, exploitante agricole, Lamentin
» C’est une très bonne chose pour la Guadeloupe car on va parler de nous dans le monde entier. Certains disent qu’il fallait utiliser cet argent pour autre chose mais moi je pense qu’il en faut pour tous et arrêter de ne penser qu’à soi. La polémique n’a pas de sens quand des jeunes de chez nous peuvent en profiter. Ma fille faisait du tennis à Lamentin et ça lui a beaucoup apporté. «
Francis Gaël, 52 ans, jardinier, Bouillante
» Je pense que cette manifestation peut permettre de développer la pratique du tennis en Guadeloupe. Quand les jeunes voient de près ces grands joueurs, ça peut leur donner envie de devenir des champions. Si j’ai le temps j’irai assister aux matchs. Là j’ai déjà vu Jo-Wilfried Tsonga s’entraîner sur le court central et c’est cette chance que ce genre d’événement donne aux jeunes guadeloupéens. «
Ronald De-Han, 68 ans, retraité, Baie-Mahault
» C’est l’occasion d’augmenter les connections touristiques avec le Canada. Moi je suis hollandais et je suis étonné de ne rencontrer quasiment que des francophones en Guadeloupe, quelques Italiens par la croisière, mais presque pas d’anglophone. Ce qui manque en Gwada, ce sont des activités qui permettent de gagner de l’argent et soigner les maux du pays. Ce n’est pas le tournoi en lui-même qui rapportera des euros, mais ses retombées profiteront à l’économie. «
Fabien Minatchy, 34 ans, administrateur réseaux, Petit-Bourg
» La compétition en elle-même ne me fait ni chaud, ni froid. Ce qui m’interpelle, c’est le coût financier d’une telle manifestation qui ne répond pas aux priorités du pays. Quand des agriculteurs crient leur désarroi face au retard dans le déblocage des fonds qui leurs sont alloués, ils ont peine à trouver des réponses auprès des élus. Mais la Région trouve de l’argent pour faire venir du calcaire de France. «
Horaires des matchs et prix des billets
• Vendredi 4 mars, les deux premiers simples se disputent à partir de 11 heures.
• Samedi 5 mars, le double est programmé à 14 heures.
• Dimanche 6 mars, les deux simples se joueront à partir de 11 heures.
• Les portes du vélodrome de Amédée-Detraux seront ouvertes 1 h 30 avant le début de chaque compétition.
• Pour assister aux matchs de la Coupe Davis, 1 000 places
• à les places coûtent entre 25 et 55 euros en fonction de la place choisie.
• 55 euros au plus près du court central
(catégorie 1), 45 euros en haut de la tribune escamotable et aux premières places en tribunes réservées notamment pour les personnes à mobilité réduite et leurs accompagnateurs (catégorie 2) et 25 euros dans le reste des travées du vélodrome.
Dans les tribunes, préférez le chapeau moins gênant que l’ombrelle
Après quelques risques de pluie jeudi 3 mars, veille du début de la compétition, Météo Guadeloupe prévoit un ciel partiellement nuageux pour les deux premiers simples et une température moyenne de 29 degrés. Samedi après-midi et dimanche midi, il faudra compter sur un ciel dégagé avec au moins 30 degrés. Autrement dit ça va taper fort sur le court central mais aussi dans les tribunes et gare aux insolations. Pensez donc à vous couvrir et à bien vous hydrater pour éviter le coup de chaud. Conseil pratique : préférez une casquette, un chapeau, voire une casquette parapluie à une ombrelle trop imposante et forcement gênant pour vos voisins de siège.
Les entraînements seront ouverts au public et gratuits
Deux courts d’entraînement ont été emménagés dans l’enceinte du vélodrome et permettront au public d’assister aux entraînements des joueurs de l’équipe de France et de celle du Canada. Jusqu’au début de la compétition, vendredi 4 mars, chacun pourra accéder gratuitement et » sans conditions particulières » à préciser Christian Forbin président de la ligue de tennis de Guadeloupe. La capacité d’accueil des installations est toutefois limitée.
Noah ira à la rencontre de jeunes défavorisés
La ligue de tennis de Guadeloupe permettra à 2 000 jeunes de côtoyer de près les tennismen des équipes française et canadienne à partir de 14 heures mercredi 2 mars. D’abord les joueurs du Canada puis les » quatre mousquetaires » français et leur capitaine. Yannick Noah prévoit également de d’aller à la rencontre de jeunes à mobilité réduite vendredi 4 mars et d’enfants issus de milieux défavorisés dans la journée du samedi 5 mars.
La télé publique locale opte pour le direct intégral
Ceux qui ne seront ni dans les tribunes, ni autour des courts d’entraînement pourront accéder au spectacle par le petit écran. Les matches seront diffusés sur beIN Sport et France Télévisions. Guadeloupe Première sera en direct intégral durant les trois jours de la compétition.
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