À l’approche des régionales, Alyens nasyonal gwadloup (ANG) ranime le flambeau patriotique et revendique la souveraineté politique. Avec un discours et une méthode nouvelle. Explications.
Alyans Nasyonal Gwadloup (ANG) a décidé de galvaniser le mouvement patriotique. Plusieurs ténors de l’organisation ont invité jeudi 3 décembre les médias au salon de thé Café papier à Jarry (Baie-Mahault). Une vingtaine de militants pendant deux heures ont présenté leur mouvement et expliqué sa démarche. Cette rencontre avec les journalistes n’avait rien d’une conférence de presse classique. Wonal Selbonne, Laurence Maquiaba, Vincent Tacita, Nathalie Minatchy animaient ce qu’ils appellent des kadans. Ce furent des espaces d’échanges avec les journalistes sur une demi-dizaine de thématiques : agriculture, éducation, économie, aménagement du territoire, culture, auxquelles il faut ajouter une sixième si l’on considère que le tréfonds politique était toujours sous-jacent dans les messages délivrés par les leaders d’ANG. Une idée centrale taraude le mouvement. C’est le risque de disparition de la Guadeloupe en tant qu’identité singulière, en tant que peuple assure Wonal Selbonne. Afin de justifier leur hantise, les leaders expliquent que la population guadeloupéenne ne cesse de décliner. Pis, les jeunes qui partent étudier ne reviennent pas. Propos d’ensemble, des décisions qui ne servent pas les intérêts de la Guadeloupe mais vont à leur encontre sont prises depuis Paris. « Si nous ne prenons garde, la Guadeloupe deviendra comme Saint-Martin, où on ne sait plus aujourd’hui qui est Saint-Martinois de souche et qui ne l’est pas« , déplore Wonal Selbonne. Vincent Tacita qui anime la kadans économie à partir d’un autre exemple reprend la même idée : « Les Marie-Galantais sont de plus en plus nombreux à quitter leur île. Le prix du foncier aurait dû baisser. Il se passe exactement le contraire. Cela veut dire que le territoire est attractif. Mais seulement pour ceux qui viennent d’ailleurs« .
Nous sommes nationalistes
Décidée à œuvrer afin que l’entité guadeloupéenne ne disparaisse pas, ANG a entrepris de rassembler d’abord ceux à qui ce discours sur l’identité et l’entité à sauvegarder, parle. À eux de faire circuler cette urgence, à eux d’expliquer à chaque Guadeloupéen l’avenir qu’on lui prépare, s’il ne prend pas son destin en main. « La souveraineté alimentaire c’est parfait » s’écrie Nathalie Minatchy qui anime la kadans agriculture. Mais il faut dire au consommateur guadeloupéen que lorsqu’il paie plus cher son kilo d’igname cultivé en Guadeloupe, il paie aussi un acteur qui protège sa biodiversité, son écosystème, et sa santé. « Est-il normal que les Guadeloupéens n’aient pas eu leur mot à dire sur la vente du centre géothermique de Bouillante ? Que cette unité géothermique ait été bradée par l’État à une entreprise étrangère ?« , questionne Bruno Benjamin, en charge de la kadans aménagement du territoire. Le message et l’objectif de l’ANG sont essentiellement politiques. Le mouvement revendique son droit et son projet à restaurer la Nation Guadeloupe. « Nous sommes nationalistes », confirme Wonal Selbonne. Il réfute la signification négative que donne l’Europe occidentale à ce concept. « Nous nous définissons comme des nationalistes, des patriotes guadeloupéens. Est nationaliste celui qui reconnaît l’existence de la nation et se bat pour l’expression politique et la représentativité institutionnelle de cette nation« , proclame Laurence Maquiaba sur son compte Facebook. Une affirmation qui figure aussi au début de la charte adoptée par ANG. « La souveraineté c’est le circuit court en politique« , insiste Wonal Selbonne, sous le regard approbateur de Laurence Maquiaba. Alyans nasyonal gwadloup n’est pas né d’hier. Le mouvement s’est seulement accéléré depuis deux ans. Il se réclame d’ailleurs de tous les mouvements patriotiques qui l’ont précédé. Qu’ils soient indépendantistes, autonomistes ou simplement soucieux de sauvegarder un minimum de souveraineté de la Guadeloupe. Sont cités Rosan Girard, Albert Béville ou encore Paul Valentino, Hégésippe Légitimus, Achille René-Boisneuf, le PCG, Gong, CPNJG, UTA-UPG-PTG, UPLG, MPGI. « Chacune de ces personnalités et de ces organisations a, à sa façon, en fonction des conditions historiques, pensé la patrie guadeloupéenne », précise la charte. Pourquoi ANG réussirait-elle là ou ses prédécesseurs ont échoué, pourrait-on questionner. Les leaders d’ANG ont instauré une nouvelle approche de la souveraineté. Le mouvement est intergénérationnel mais il attire beaucoup de jeunes, des étudiants surtout. ANG fédère aussi beaucoup de Guadeloupéens basés en France hexagonale ou à l’étranger. « Nous sommes à l’ère d’internet et des réseaux sociaux », se félicite Vincent Tacita.
Contre ceux qui restent 30 ans au pouvoir
La stratégie d’ANG tient en un mot : informer. Informer c’est aussi décrypter et expliquer la situation. Wonal Selbonne engage les Guadeloupéens à saisir le réel. À se regarder en face. « Nous voyons un pays qui peut disparaître et physiquement, et par dissolution morale. Il y a lieu de se mettre d’accord sur un projet commun. Et ce projet commun c’est l’idée de nation. Nous devons faire en sorte que cette nation ait une perspective politique ». La question des élections longtemps décriée par les mouvements patriotiques est essentielle aux yeux de Wonal Selbonne. « Tout projet politique a pour objectif la prise du pouvoir », continue-t-il. Doit-on comprendre que l’ANG participera aux prochaines échéances électorales ? Rien n’est décidé. Le scrutin le plus prisé serait l’élection régionale. « Parce que c’est cette collectivité qui détient le plus de pouvoir », expliquent les différents leaders d’ANG. « Nous n’avons pas encore décidé si nous présenterons une liste, mais nous allons peser sur cette élection« . Si elle ne présente pas de liste, ANG en soutiendra-t-elle une autre ? La réponse de Wonal Selbonne est pour le moins énigmatique quant aux intentions du mouvement : « Nous ne pourrons jamais être d’accord avec l’électoralisme et ne soutiendrons jamais des politiciens qui restent 30 ans au pouvoir« . Le ton est donné.
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