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En Guadeloupe aussi le calendrier de vaccination pose question

ÉTAT DES LIEUX

La vaccination est devenue un passage obligé dans le parcours de santé des enfants. Mais cet acte est de plus en plus soumis à contestation.

La Guadeloupe ne fait pas exception à la règle. Comme tous les départements français, elle est aussi soumise à un calendrier de vaccination pour les enfants de moins de six ans. La tuberculose – qui n’est d’ailleurs plus obligatoire – la coqueluche, la polio, le combo rougeole, oreillons, rubéole, et tétanos. Des maladies qui au long du XIXe siècle, ont été responsables d’une mortalité infantile élevée dans les pays occidentaux. En Guadeloupe, selon les chiffres – anciens puisque datant de 2007 – obtenus auprès de l’Observatoire régional de santé (ORSAG), le taux de pénétration de ces vaccins est relativement bon. En moyenne, sur un échantillon de 210 enfants, 85 % ont bien été vaccinés. Ce chiffre s’explique par le fait que ces vaccins sont des étapes de la très petite enfance, et administrés sur une période d’un an et demi. Après cette période, le taux de pénétration d’autres types de vaccins est beaucoup moins bon. Prenons le cas du vaccin de la grippe. Alors que son taux de couverture est de 51 % en France hexagonale, il n’est que de 26 % en Guadeloupe en 2012, alors même que des populations fragilisées sont potentiellement très vulnérables à la maladie. Des données floues en Guadeloupe En dehors de l’exemple de la grippe, il est très compliqué d’avoir des données précises quant au taux de vaccination de la population du département. Une étude censée fournir des données précises sur le sujet est en préparation pour l’année 2016. Jusqu’en 2004, la vaccination était de la compétence du conseil général. Elle a été ensuite transférée à l’ARS comme service centralisateur. Depuis l’enquête qui aurait dû être menée pour l’actualisation des chiffres n’a pas pu être menée. Quoi qu’il en soit si le département suit la tendance générale, le taux de vaccination serait faible. Les divers scandales sanitaires, le gardasil contre le papillomavirus, la polémique du vaccin contre le H1N1 et la mort récente de deux nourrissons après une injection du vaccin contre la gastro-entérite n’ont pas joué en sa faveur. Pourtant les chiffres sont clairs, les effets secondaires graves représentent une frange quasi anecdotique des doses. Dans le cas concret de la récente polémique autour du Rotarix et du Rotateq, censés immuniser contre la gastro-entérite, les deux enfants décédés sont les seules victimes connues à ce jour sur un million de doses administrées. Mais ce discours ne semble pas être entendu par l’opinion publique qui remet clairement en cause la pratique.

POUR

 » Il y a plus de risques à ne pas se faire vacciner « 

À l’occasion de la semaine de la vaccination, les médecins sont nombreux à se mobiliser pour promouvoir les vaccins.

« J’ai vu des jeunes mourir de l’hépatite B, ça ne s’oublie pas… » « . Jean-Jacques Gallais est médecin au centre interprofessionnel de santé au travail (CIST) en Guadeloupe. Durant sa carrière, il a assisté, impuissant, à la mort de personnes atteintes de maladies qui auraient pu être contrées par un vaccin. Aujourd’hui, il ne comprend pas que la population puisse encore douter de la vaccination.  » L’histoire a prouvé que le vaccin a sauvé plus de vies qu’il n’a causées de maladies « , rappelle-t-il. Il va même jusqu’à dénoncer le  » comportement irresponsable  » des personnes qui refusent de se faire vacciner. À l’instar des femmes enceintes qui négligeraient le vaccin contre la rubéole.  » Ceux qui sont contre les vaccins n’ont pas vu les cas de rougeole qui paralysent les enfants… « , ajoute le docteur Djako Tchieko. La semaine de la vaccination, qui aura lieu du 20 au 30 avril, est l’occasion pour Jean-Jacques GALLAIS et ses confrères de rappeler l’importance du vaccin. Florelle Bradamantis, responsable du pôle santé publique à l’ARS, insiste sur la prévention :  » En se faisant vacciner, l’individu se protège lui-même mais il protège également toute la communauté « . Quant aux polémiques sur les circonstances aggravantes des vaccins, Florelle Bradamantis rappelle que la relation de cause à effet n’a encore jamais été prouvée. «  Il y a beaucoup plus de risques à ne pas se faire vacciner « , assure-t-elle. La semaine de la vaccination permettra de sensibiliser le plus grand nombre et surtout de faire une piqûre de rappel. Les vaccins nécessitent effectivement d’être réitérés au bout de quelques années.

 

CONTRE

 » La plupart des vaccins sont inutiles «  »

Rares sont les médecins qui se prononcent contre les vaccins. Entretien sans langue de bois avec un médecin homéopathe qui dénonce la vaccination systématique.

Les médecins anti vaccins ne s’expriment pas ouvertement par crainte, sans doute, de brouiller leurs relations avec l’industrie pharmaceutique, avec les instances de santé publique, voire avec leurs propres confrères. Le Courrier de Guadeloupe a tenté de joindre plusieurs d’entre eux mais tous ont préféré «  se tenir à l’écart du débat « . Seul un médecin homéopathe guadeloupéen a accepté de communiquer… anonymement. Il ne mâche pas ses mots : «  La plupart des vaccins sont inutiles « , assure-t-il.  » Inutiles  » car ils ne rempliraient pas selon lui les trois conditions qui justifieraient la vaccination : soigner une maladie qui n’est pas rare, qui peut tuer et qui n’a pas de traitement.  » Inutiles  » parce qu’ils ne seraient pas efficaces à 100 %.  » On peut avoir la tuberculose même en étant vacciné… « , assure le médecin homéopathe. «  Inutiles  » enfin parce que certaines maladies auraient disparu :  » Il n’y a plus de diphtérie ni de polio en Guadeloupe alors pourquoi se faire vacciner « . Le médecin homéopathe dénonce également la vaccination systématique. Faut-il se faire vacciner dès le plus jeune âge ? Pas forcément. Selon lui, chaque individu devrait y réfléchir à deux fois avant de se faire vacciner.  » Les vaccins contiennent de l’aluminium, une fois injecté dans l’organisme, l’aluminium peut causer des maladies neurologiques comme, probablement, Alzheimer « , avance-t-il. Quant à l’hépatite B… là encore, le vaccin ne devrait pas être systématique selon le médecin homéopathe. «  L’hépatite B ne se transforme en cancer que dans un cas sur 1 000 « , précise-t-il. Vaut mieux guérir que prévenir… c’est un point de vue.

 

PIQUEZ-MOI !

Quels vaccins pour la Guadeloupe ?

Pas de grosses différences avec la France hexagonale. Même calendrier, même maladies, si ce n’est une tendance plus forte à se vacciner contre la leptospirose. Mais l’arrivée de deux vaccins sera décisive sur notre territoire : la dengue et le chikungunya.

La Guadeloupe a de grosses différences avec la France hexagonale. Géographie, environnement, caractéristiques de population…Et pourtant, il n’y a aucune différence pour ce qui touche aux vaccins. Le calendrier de vaccination est le même, ainsi que les virus contre lesquels il faut se protéger. Contrairement à la Guyane où la vaccination contre la fièvre jaune est obligatoire.  » Nous avons tout de même des vaccinations plus importantes et plus fréquentes à la leptospirose en Guadeloupe « , explique le docteur Antoine Talarmin, directeur de l’Institut Pasteur Guadeloupe et responsable du centre de vaccination. Cette maladie infectieuse d’origine bactérienne est, selon l’Agence régionale de santé (ARS), 140 fois plus fréquente en Guadeloupe que sur le territoire hexagonal. Elle est devenue un véritable enjeu de santé publique en 2011, lorsqu’elle a fait huit morts dans l’archipel. Véhiculée par les animaux, elle se transmet à l’homme par contact, comme une morsure ou les urines… D’où la nécessité de toujours laver les aliments crus avant de les consommer.  » Mais nous ne conseillons pas du tout la généralisation de cette vaccination à tous les habitants. Celle-ci ne protège qu’à peine de la moitié des sérotypes de la leptospirose. Vacciner les populations à risques suffit, comme les éleveurs ou les vétérinaires « , continue Antoine Talarmin.

Formidables avancées

Pourtant, deux prochains vaccins pourront changer beaucoup de choses en Guadeloupe. Au premier rang, celui contre la dengue. Il est en cours de finalisation par Sanofi Pasteur, la section vaccin du groupe pharmaceutique Sanofi. Testé sur 20 000 enfants et adolescents d’Amérique du Sud et de la Caraïbe (mais pas en Guadeloupe) jusqu’en septembre 2014, il s’est révélé efficace contre les quatre sérotypes du virus. C’était la dernière étape avant la demande d’autorisation de mise sur le marché.  » Nous savons que nous allons pouvoir avoir, dès que le produit sera enregistré, un impact significatif en termes de santé publique « , a déclaré Olivier Charmeil, PDG de Sanofi Pasteur.  » C’est le couronnement de vingt ans d’efforts.  » Si tout se passe comme prévu, les premières doses devraient arriver en fin d’année 2015.  » Pour la Guadeloupe, c’est formidable, une avancée majeure, à la fois au niveau sanitaire et économique. Être immunisé contre la dengue, c’est agréable pour les malades potentiels, mais c’est aussi moins de dépenses pour la sécurité sociale, et moins d’absences dans les entreprises « , renchérit Antoine Talarmin. L’autre vaccin grandement attendu sous nos latitudes est celui contre le chikungunya. Développé par l’Institut Pasteur, il manque encore quelques essais pour le finaliser. Mais difficile de savoir quand la population guadeloupéenne y aura accès. «  C’est une histoire de gros sous. Il n’est plus dans les mains de l’Institut Pasteur, il a été vendu à une petite boîte pharmaceutique qui apparemment tenterait de le revendre à une autre, plus grosse, pour encaisser une belle plus-value « , confie Antoine Talarmin. L’immunité reste pourtant la seule façon de se protéger de la maladie, que ce soit après une première contamination ou grâce au vaccin, couplée à la lutte vectorielle qui produit des résultats souvent aléatoires.

 

Comment déceler le vrai du faux des mythes concernant le vaccin ?

On a souvent tendance à prendre pour vérité les avis des autres. C’est notamment le cas avec les vaccins puisque les craintes se fondent dans bien des cas à partir d’a priori. Pour arriver à démêler les vraies et fausses croyances entourant la vaccination, voici quelques informations à connaître.

Les vaccins fragilisent le système immunitaire des enfants : Faux

Au contraire, les vaccins vont stimuler le système immunitaire. Ils boostent également la création d’anticorps par le corps, ce qui va

l’aider à lutter efficacement contre les microbes et autres virus. On sait que l’organisme combat au quotidien de nombreux antigènes étrangers, responsables pour la plupart d’infections, et le corps d’un nourrisson peut également supporter cette charge. Cette thèse vient réfuter l’idée qu’il ne faut pas vacciner un enfant âgé de moins de deux mois, car cela le protégera des pathologies fréquentes à cet âge comme la coqueluche. Il convient de noter qu’il est également recommandé de vacciner un bébé prématuré dès qu’il entre dans ses 2 mois, car comme pour les autres bébés, cela permettra de renforcer son système immunitaire.

Les vaccins seraient à la source de certaines pathologies : On ne sait pas

Dans les années 1998, un gastro-entérologue anglais, Andrew Wakefield, a décrété qu’il y avait un lien de cause à effet entre le vaccin RRO et les troubles de l’autisme. Cette constatation a eu pour effet de créer la polémique, mais ce qu’il faut savoir c’est qu’aucune étude n’a pu par la suite venir soutenir cette théorie. La dernière étude concernant ce supposé lien a été réalisée au Québec en 2006 et a indiqué qu’il n’y a aucun lien entre les troubles du comportement et ce vaccin.

Les vaccins contiennent du mercure et de l’aluminium : Vrai

Les vaccins, lorsqu’ils sont produits, sont la cible facile des bactéries. Il est impératif de les conserver et les stabiliser. Le Thimérosal (aussi connu sous le nom de Thiomersal), conservateur à base de mercure, n’est plus utilisé pour les vaccins réalisés sur les enfants. Une fois purifié, le vaccin n’en contient plus et les taux de formaldéhyde, utilisé pour inactiver les bactéries ou les virus des vaccins, sont revus à la baisse. Enfin, pour que le vaccin assure une efficacité rapide et durable, des sels d’aluminium qui permettent une réponse immunitaire plus forte et plus longue y sont injectés. Chacun de ces composants a pendant longtemps été pointé du doigt, des recherches sont en cours pour les éliminer dans les vaccins.

Le vaccin n’est efficace que quelques années, voire quelques mois : Faux

Que l’on soit infecté par le virus de la maladie ou du vaccin, le corps va produire la même quantité d’anticorps. Les rappels de vaccination permettent de renouveler les anticorps dans l’organisme, ce qui rend le corps moins sensible aux virus. En clair, un enfant qui aura contracté telle ou telle maladie aura plus de chance de s’en sortir plus rapidement par rapport à un enfant qui n’aura pas été vacciné. Pour rappel, l’efficacité des vaccins avoisine les 95 % pour la plupart sauf pour celui de la rougeole qui est au maximum de 85 %.

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