En réaction à la publication de l’avis de l’Anses, l’association Envie-Santé a lancé en décembre dernier un appel au financement participatif. L’objectif ? Obtenir de l’Europe une baisse des Limites maximales de résidus déterminées pour le chlordécone.
Le 4 décembre 2017, l’association Envie-Santé a mis en ligne une souscription sur la plateforme de financement participatif Kisskissbankbank. Cette dernière fait appel à la générosité des Guadeloupéens et des Martiniquais à hauteur de 20 000 € afin de porter la contestation contre les Limites maximales de résidus (LMR) de chlordécone devant la justice. Une somme importante qui permettra selon les initiateurs de financer les horaires de l’avocat. Le 18 janvier, au moment où nous bouclions cette édition, et après 46 jours de collecte, 175 personnes avaient fait un don pour un montant total de 8 764 € et une moyenne de 50 euros par don. D’après le baromètre de l’activité du crowdfunding en 2017 publié par l’association Financement participatif France, pour les dons avec récompenses le montant moyen de la collecte est de 4 295 €. La contribution moyenne par projet est de 62 €. Aux vus de ces statistiques, le projet de financement participatif peut être qualifié de succès et mobilisateur en raison des sommes d’ores et déjà collectées. Une ombre au tableau : l’échéance prévue pour le 2 février se rapproche et via la plateforme retenue, si le projet n’atteint pas son objectif total, les contributions seront intégralement reversées aux souscripteurs.
L’argumentaire choisi : vrai ou faux ?
Soucieuse de la santé de la population antillaise, l’association Envie-Santé s’engage à » faire cesser l’exposition des populations antillaises au chlordécone afin que chacun puisse consommer des produits locaux sains. » Victimes de l’utilisation massive du chlordécone, ce pesticide de type Cancérogène, mutagène et reprotoxique CMR), depuis les années soixante-dix, la Guadeloupe et la Martinique subissent » une pollution globale de l’environnement et une contamination généralisée de la population. » Dans son argumentaire, Philippe Verdol insiste sur les conséquences sanitaires de l’exposition au chlordécone. Un rapport publié en 2000 par les Agences régionales de santé (ARS) de Guadeloupe et de Martinique, démontre que le taux élevé de cancer de la prostate est directement lié à l’exposition au chlordécone. L’étude » Timoun « , menée entre 2005 et 2007 par l’Inserm à partir d’une cohorte d’enfants guadeloupéens et de leurs mères exposées au chlordécone pendant leur grossesse a démontré que cette même exposition pouvait expliquer des cas de prématurité. L’étude a également démontré que certains jeunes enfants souffraient de troubles psychomoteurs, une diminution de la motricité fine et même d’une baisse de la mémoire visuelle à court terme. Invité sur le plateau du JT de Guadeloupe La 1ère le 18 décembre dernier, puis sur Canal 10 lors de la Grande édition du 10 janvier, le président de l’association Envie-Santé a évoqué des cas de jeunes enfants nés dans le sud Basse-Terre souffrant d’une baisse de quotient intellectuel de 10 à 20 points. En 2013 Philippe Verdol indique être contacté par » des infirmières travaillant dans le sud Basse-Terre qui lui montrent des fiches d’enfants en maternel atteints de malformations physiques, d’autres qui reconnaissent pas les couleurs ou qui ne savaient pas s’ils sont fille ou garçon. Des petites filles âgées de trois ans avaient déjà leurs règles et étaient donc susceptibles de tomber enceinte« . Ces déclarations rapportées fin 2017 créés un véritable buzz. Sur whatsapp le 17 janvier dernier, une jeune femme, Alexandra, 26 ans utilise les mêmes arguments sur « les conséquences sanitaires du chlordécone » afin d’appuyer l’appel aux dons de l’association Envie- santé sur la plateforme Kisskissbankbank. La vidéo a été partagée plus de 600 fois sur le réseau social Facebook. Il n’y a cependant « aucun lien de causalité avérée entre ces découvertes et l’exposition au chlordécone » modère Philippe Verdol interrogé par Le Courrier de Guadeloupe le 18 janvier.
Poster un commentaire