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Musique : Gilles Floro, parti il y a 15 ans déjà

Gilles Floro , parti à 35 ans

Le 22 juin 1999, la Guadeloupe entière était assommée par l’annonce de la mort de Gilles Floro. Sa musique avait un tel succès que l’émotion fut vive. 15 ans après sa mort la notoriété du chanteur est toujours intacte. Sa musique n’a pris une ride. Le Courrier de Guadeloupe lui rend hommage et retrace la courte et fulgurante carrière d’un musicien surdoué parti trop tôt en pleine gloire. Si Gilles Floro n’est plus, sa musique, elle, est toujours vivante. Maestro !

Gilles Floro est assurément l’une des trois grandes icônes du zouk. Une fulgurance ! Un ovni qui s’est hissé d’un seul coup au sommet de la hiérarchie de la musique antillaise pour ne plus le quitter pendant 15 ans. Autrement dit jusqu’à l’accident stupide qui lui a coûté la vie. Son frère Jean-Claude se rappelle encore. Juste avant l’accident, Gilles avait tenté de le joindre. Sûrement s’agissait-il pour lui d’obtenir quelques conseils pour monter une parabole de télévision pour faire plaisir à sa fille. Il a fixé la parabole sur un potelet d’arrivée de courant électrique. Il en a reçu une décharge. En tombant du toit de la maison, sa tête a heurté un poteau en béton. Madame Floro mère a alerté Jean-Claude pour lui dire que Gilles avait eu un accident. Elle ne savait pas encore que son fils était déjà mort. Gilles Floro avait 35 ans. Il venait d’être fauché en pleine gloire et en pleine jeunesse. C’était le 22 juin 1999. Le père Floro ne s’en remettra jamais. Il développera une leucémie qui finira pas l’emporter 15 ans plus tard en 2014. Mais la famille est restée digne jusqu’au bout. Rejetant toute commémoration ou manifestation publique. Dédaignant les honneurs et autres cérémonies de circonstance. Avant de mourir, le père de Gilles Floro s’était enfermé dans un mutisme obstiné. Quant à la mère de l’artiste elle repasse souvent en boucle les succès de son fils. Une façon sans doute de ne pas renoncer tout à fait à sa présence et à son génie.

Juste avant l’album « Rêve bleu » en 1986, petite expérience agricole de Gilles Floro « une bonne centaine de kilos de concombres »

Gilles Floro ou l’itinéraire d’un surdoué

Gilles Floro était musique. Entièrement musique. Toute la musique était en lui. Le sens de la mélodie. La pulsion du rythme. L’instinct de l’arrangement. La subtilité des harmonies. Bien sûr le génie de la création. Et surtout… le fl air des trouvailles qui font la différence. Il faut dire que le chanteur est né dans la marmite. Cela n’explique pas tout. Mais cela aide sûrement. Pourtant, son père, violoniste, n’a aucune accointance avec la musique à la mode de l’époque zouk, compas, ou autre reggae. Le violoniste appartient au groupe Chevalier Saint Georges à Basse-Terre. Il joue et écoute de la musique classique. Accessoirement, avec quelques amis, de temps en temps, le père Floro exécute quelques bonnes vieilles biguines. Mais il est surtout régulièrement, assis devant son pupitre et sa partition, il fait ses gammes et remplit la maison de croches, de noires. Des notes qui volent et virevoltent. De quoi bien former l’oreille de sa progéniture. La mère de Gilles est enseignante et la famille habite dans un collège. Mais ni Gilles ni son frère Jean-Claude ne sont attirés par l’école.

Dès 12 ans, son attirance pour la musique

Il n’y a que la musique qui parle à Gilles. Inventif, très jeune, il fabrique des instruments. Le père Floro offre un jour, un mélodica à chacun des frères. Gilles bricole le sien pour pouvoir en jouer avec ses deux mains. Il veut faire des accords en même temps que la mélodie. Il y branche aussi un vieux sèche-cheveux de sa mère pour s’assurer du souffle. Les frères suivent souvent leur père aux répétitions. Gilles a 12 ans. Il y a un vieux piano chez son grand-père. Il s’y essaie. Avec bonheur. On veut lui faire prendre des cours. Cela se passe mal dès les premières leçons. Gilles refuse alors les cours de piano. Mais son attirance pour la musique est plus forte que jamais. Il est capable de jouer du Cléderman à l’oreille. Et puis le jeune Floro possède un autre don. Il reproduit avec sa voix tout ce qu’il entend. Poule, chien, canard… mais aussi tous les instruments.

Son premier album, un coup de maître

Plus tard il n’aura rien perdu de son talent. Tous les musiciens qui l’auront connu en studio racontent ses imitations incroyables de saxophone, trompette, trombone ou piano. À 13 ans avec son frère Jean-Claude, Gilles Floro monte un petit groupe à Gourbeyre. C’est le Dja’z power. Ils jouent surtout leurs propres créations. Quelque temps plus tard, c’est la rencontre avec Tanya Saint-Val, Willy Salzedo, Guy Jacquet, Fred Aucagos, Eric Brouta, Frédéric Caracas. De la bonne graine. Déjà ! Cette jeune fille et cette bande de jeunes hommes talentueux, forme un groupe qu’ils nomment les Vik’ing. L’aventure ne fait pas long feu. Mais la bande restera en contact. Gilles Floro vers l’âge de 17 ans fait alors un petit tour chez les Aiglons. Aux claviers, il participe activement à l’un des derniers albums à succès du groupe  » le cerveau « . Après viendra son premier album solo. Tout de suite un coup de maître. Succès inoubliable avec A pa pawol an lè. Mais désormais Gilles Floro chante. Et c’est pour lui le début d’une carrière magistrale jalonnée de tubes chaque fois plus fabuleux.

Gilles Floro à ses débuts en boîte de nuit
Crédit photo : Jean-Claude Floro

Une touche de génie

Lorsque Gilles Floro apparaît sur la scène de la musique antillaise, le premier réflexe de nombreux auditeurs c’est de le comparer à Patrick Saint-Eloi. Certains crient même au plagiat. Et pourtant on s’apercevra bien vite que les deux chanteurs n’ont pas grand-chose en commun. Patrick Saint-Eloi est un crooner à la sauce tropicale qui charrie la nostalgie dans sa voix. Il va souvent chercher sa voix de tête et ce, avec une facilité déconcertante. Gilles Floro c’est tout autre chose. Sa tessiture n’est pas la même. Le timbre de Gilles Floro est plus grave. Dans sa voix il y a comme chez PSE de la tendresse, de la douceur parfois, mais jamais de mélancolie. Les musiques de Floro, ses compositions aussi sont sur un autre registre. Gilles Floro enrichit ses mélodies de parties synthé très travaillées et ses lignes de basses sont de réelles créations qui donnent au morceau une richesse supplémentaire. Et dans certains morceaux il y a de réelles nouveautés pour ce qui concerne le rythme. Gilles Floro est un inventeur, il innove tout le temps. Son sens aigu de l’arrangement vient donner un brillant supplémentaire aux mélodies qu’il crée. Le compositeur a vraiment apporté à la musique antillaise une touche personnelle de génie.

Gilles Floro, Henri Salvador, la rencontre entre deux grands de la musique guadeloupéenne
Crédit photo : Jean-Claude Floro

Gilles Floro : 13 ans de tubes

Artiste, auteur-compositeur, Gilles Floro est un incontournable de la musique antillaise. Après avoir évolué avec plusieurs groupes dont certains mythiques comme Les Aiglons ou les Vikings, il devient au milieu des années quatre-vingt un artiste phare. Sa discographie retrace une carrière dense.

1986 : Rêve bleu

1987 : À pa pawol an lè

1989 : Gilles Floro

1991 : Spiritual

1991 : Ho ! Doudou yes

1993 : Jukebox

1995 : Kristal’

1996 : Surround

1996 : Mona lLisa

1996 : Fifty-Fifty

1997 : S’kiss

1998 : Sans prévenir

1999 : Désolé

 » Gilles Floro était en avance sur son temps « 

Servais Liso : J’ai connu Gilles en 1982. Il avait 18 ans. C’est Tanya Saint Val qui me l’a présenté. Il avait formé un groupe avec Tanya, Christian Joseph Lockel, Fred Aucagos, Guy Jacquet, Frédéric Caracas, Eric Brouta, Willy Salzedo. Tanya m’avait dit viens à une de nos répétitions je vais te présenter quelqu’un. Gilles était en short. J’ai écouté deux ou trois morceaux et je suis parti. Un mois plus tard ce petit groupe et moi, nous étions tous à Paris. Nous avons enregistré 3 ou 4 albums et puis nous sommes partis en tournée. Je me suis rendu compte alors qu’il était hyperdoué pour les claviers. De plus Gilles imitait avec sa bouche tous les instruments. Une véritable attraction. Il m’a ensuite emmené une maquette et m’a dit d’écouter. Je luis ai dit je n’écoute pas. Je te produis. C’était A pa pawol an lè. Succès foudroyant !

Le Courrier de Guadeloupe : Comment ont réagi les médias, le milieu artistique ?

Quand le disque est sorti, j’ai emmené l’échantillon à Judith sur RCI et je suis parti. Elle a passé le disque et j’écoutais dans ma voiture. Après la diffusion de la chanson Judith a fait le commentaire suivant : Ah non, je ne suis pas d’accord, il imite trop Saint-Eloi. Gilles était furieux. Je lui ai dit : tu devrais remercier Judith. Elle vient de te faire une pub monstre. Le lendemain à mon petit magasin, il y avait 500 personnes venues voir qui était Gilles Floro et surtout acheter l’album.

Gilles Floro était d’abord musicien comment expliquez-vous qu’il ait tout de suite trouvé sa voix lui qui jusque-là ne chantait jamais ?

Gilles était un surdoué. Quelqu’un qui imite des instruments a sûrement des possibilités vocales. Il était extrêmement timide mais il écoutait les conseils. C’était aussi quelqu’un de fi er et sérieux. Pendant mon séjour à Paris avec la petite troupe, alors qu’ils devaient répéter tous les jours à 9 heures, ils arrivaient toujours en retard. Je leur ai dit les gars, si 9 heures c’est trop tôt, on commence à 10 heures. Le lendemain ils étaient encore en retard. J’ai poussé une gueulante. Il est intervenu pour voler au secours de Willy puisque c’est lui qui donnait le top départ au groupe. Je l’ai envoyé valser en lui disant qu’il n’est pas plus sérieux, qu’il n’avait même pas un dictaphone pour garder ce qu’il créait. Quelque temps après il m’a ressorti cela en me disant tu te souviens de ce que tu m’avais dit Liso, eh bien, j’ai acheté un quatre pistes. C’est comme cela qu’il a commencé à chanter.

On dit de lui qu’il était extrêmement généreux et qu’il proposait gratuitement ses idées :

Gilles était un homme-orchestre. Il jouait de la guitare, de la basse, des claviers, de la batterie et surtout il transformait du plomb en or. Un son, une mélodie insignifiante pouvait devenir sous ses doigts un joyau. Il a lancé beaucoup d’artistes. Le premier album d’Annick et Jean-Claude (ndlr Sentimental) c’est Gilles, le deuxième album du duo, ce n’est plus lui, et on a vu tout de suite la différence. Le morceau qui a lancé N’J (Dadoué) c’est toujours lui. Mais il y en a plein d’autres. Gilles Floro était un arrangeur génial. Quand il découvrait un son nouveau, il trouvait toujours moyen d’en tirer quelque chose. De plus il composait vite extrêmement vite. Il était si plein de musique qu’il en débordait.

Quelle place occupe-t-il dans la musique antillaise ?

Je ne parlerai pas de place. Tous les musiciens font de bonnes choses. On aime ou on n’aime pas. Moi, je dirai que Gilles est un avant-gardiste. Quand on écoute ses albums on se rend compte qu’il était vraiment en avance. Son style était déjà international et c’est dans la mouvance de ce qui se fait aujourd’hui. Ce n’était pas du zouk béton. Tout était fluide, aérien. Il y a des gens qui apprennent à jouer de la musique. Mais lui, il en était imprégné. Et puis il faut réécouter les textes. On se rend compte qu’il est déjà ailleurs. Il est déjà en communion avec l’haut – au-delà. Dans un texte il évoque même un petit coup de courant et c’est comme cela qu’il meurt. Troublant, non ?

Gilles Floro a offert à son public sa musique, son âme. Une toile acrylique, peinte par son frère Jean-Claude Floro et offerte pour l’inauguration de la salle Gilles-FLORO en 2009 évoque aussi la spiritualité de l’homme

Gilles Floro a offert à son public sa musique, son âme. Une toile acrylique, peinte par son frère Jean-Claude Floro et offerte pour l’inauguration de la salle Gilles FLORO en 2009 évoque aussi la spiritualité de l’homme

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