Sur le littoral du bourg et dans le quartier résidentiel d’Arnouville Est, les sargasses se sont échouées en masse depuis quatre jours. Le barrage déviant a cassé pui a été réparé. Le ramassage ne vient pas. Les riverains ont alerté la mairie il y a un mois. Aucune intervention à ce jour. Reportage.
En cette fin de matinée du 8 avril, le littoral du bourg de Petit-Bourg est presque désert. Peu de passants. L’odeur, elle, est partout, pestilentielle, cette exhalaison âcre d’hydrogène sulfuré qui prend la gorge. Les sargasses sont là. De petites grappes arrivaient depuis environ un mois. Mais ces quatre derniers jours, elles sont arrivées en masse.
Un homme, chapeau sur la tête, silhouette mince, déambule sur la jetée non loin de l’hôtel de ville. Dans les bureaux qui donnent sur le front de mer, des employés municipaux travaillent portes et fenêtres ouvertes. « Nous allons probablement devoir nous déplacer », concède l’un d’eux quand on lui demande comment il compte tenir dans cet environnement.

Un peu plus loin, au bout de la jetée, un autre homme est debout sur les marches du carbet qui fait face à la mer. Il scrute l’horizon. Au lointain, un cargo. À ses pieds, les sargasses. Les bras relâchés le long du corps. Il ne dit rien.
Autre quartier petit-bourgeois, même air irrespirable. À Arnouville Est, l’arrivage massif des quatre derniers jours a transformé le rivage. La couche de sargasses accumulée s’est déjà agglomérée pour former une surface dure, compacte. Les algues brunes s’étendent sur une cinquantaine de mètres de profondeur depuis la ligne d’eau.
Le quartier est résidentiel. Des maisons huppées, des jardins soignés. En ce début d’après-midi de mercredi, le calme est total. Les portes des maisons sont ouvertes, mais pas âme qui vive dans les jardins. Tout le monde est à l’intérieur. Aux abris.
Une riveraine rencontrée sur le départ raconte une mécanique de dysfonctionnements. « Le barrage déviant a cassé il y a environ un mois, et a été réparé il y a environ une semaine. Ce barrage déviant envoie ici les sargasses qui viennent depuis Moudong. Elles sont centralisées à Arnouville pour ramassage sur la plateforme. En réalité, notre quartier a été sacrifié. »
Elle décrit un système de collecte qui ne fonctionne pas. « Le ramassage n’est pas du tout efficace. Nous avons déjà signalé la présence de sargasses mais il n’y a eu aucune intervention jusqu’à aujourd’hui. Et lorsque le ramassage démarre, il est souvent stoppé. Au bout d’une semaine, il arrive que la pelle mécanique qui ramasse les algues en bordure tombe en panne. Si ce n’est pas la pelle, ce sont les camions qui sont en panne. »
Les riverains ont alerté la mairie il y a un mois pour signaler le début de l’arrivage et l’accumulation. Aucun passage à ce jour. Le problème n’est pas seulement le retard. C’est la méthode. « La pelle, lorsqu’elle ramasse, ne peut pas aller dans l’eau. Elle ne ramasse que les algues qui sont immédiatement accessibles sur la plage. Mais les suivantes arrivent, et compte tenu des pannes très nombreuses, le ramassage n’est jamais effectif. N’est jamais complet. »
La plateforme de ramassage installée dans le quartier était censée rationaliser les opérations. Les riverains estiment qu’elle n’a rien résolu, et qu’elle a créé de nouvelles nuisances. « La création de cette plateforme n’est pas du tout efficace. Les riverains ressentent beaucoup de gêne : de nombreux sinistres dans les maisons, des carrelages soulevés, beaucoup de vibrations au niveau des murs à chaque passage des camions. »
Un quartier résidentiel devenu zone de transit pour les bennes chargées de sargasses. Les murs vibrent. Le carrelage se fissure. Et les algues, elles, continuent d’arriver. La saison 2026 s’annonce aussi invivable que la précédente.

Cet article vous a éclairé ? Il est né de l’engagement de lecteurs comme vous. Rejoignez ceux qui rendent ce journalisme possible : abonnez-vous ou faites un don.
