La liquidation du Siaeag est officiellement bouclée, et laisse un trou de 16 millions d’euros. Pour les collectivités, c’est un coup dur de plus.
Le Syndicat intercommunal d’alimentation en eau et d’assainissement de la Guadeloupe (Siaeag) a vécu. Le syndicat, fermé depuis 2021, a officiellement tiré le rideau le 4 juin dernier, sur décision du préfet. Mais dans son sillage, il laisse une ardoise de près de 16 millions d’euros. Une somme que deux intercommunalités vont devoir éponger, sans vraiment avoir eu leur mot à dire.
Comment en est-on arrivé là ? La mission de liquidation, confiée en novembre 2022 à Claudie Fournier, inspectrice principale des finances publiques, s’est heurtée à un obstacle de taille : les équipements répertoriés dans les livres ne correspondaient pas à ceux qu’on trouvait sur le terrain. Face à cette impasse, l’État a choisi une méthode de répartition inhabituelle : le nombre d’abonnés au 21 novembre 2019. Un critère qui a ses limites, mais qui avait au moins le mérite de permettre d’avancer.
Au bout du compte, la Carl (Riviera du levant) récupère 11 millions d’euros de dette. La CANBT (Communauté d’agglomération du Nord Basse-Terre) en prend pour près de 5 millions. Et encore, ces montants ne couvrent pas toutes les créances jugées irrécupérables.
Mais le Siaeag n’est pas le seul à laisser des souvenirs douloureux. En passant les comptes des anciennes régies au peigne fin, on découvre une série de déficits qui étaient restés dans l’ombre jusqu’ici. Grand Sud Caraïbe ? Un trou de 70 millions d’euros. Sainte-Rose ? 12 millions, à se partager entre la commune et la CANBT. Nord Caraïbes (Rénoc) ? Près de 4 millions, répartis entre CANBT et Carl. Trois-Rivières, en revanche, s’en sort bien : elle affiche même un boni de 2,7 millions reversé à Grand Sud Caraïbe. Quant à Eau d’excellence, son cas n’est pas encore réglé, indique la direction régionale des finances publiques.
Une annonce qui tombe après la fête
L’arrêté de liquidation est signé le 4 juin. Mais il n’est rendu public qu’après le Congrès sur l’eau. Le préfet a organisé cette omission, pour dit-il ne pas troubler les débats. Résultat : les élus ont discuté du futur de l’eau en Guadeloupe sans avoir en main toutes les cartes. Ils ont adopté des résolutions appelant à une mobilisation renforcée des intercommunalités, mais sans savoir que ces mêmes collectivités allaient devoir assumer plusieurs dizaines de millions d’euros de dettes héritées du passé.
Aujourd’hui, ces élus ne peuvent plus contester. Ils doivent intégrer ces charges dans leurs comptes. La plupart vont demander à étaler le paiement sur plusieurs années, pour éviter un choc trop brutal sur leurs budgets. Mais quelle que soit la manière dont on tourne le problème, le résultat est le même : l’argent qui part en remboursement de dettes ne peut pas servir à financer de nouveaux projets. Des équipements prévus vont être retardés. D’autres, tout simplement annulés.
Le SMGEAG, qui a pris le relais comme opérateur unique, n’est pas non plus sur un nuage. Au 22 juin, il affichait un déficit de 62 millions d’euros, avec 89 millions de dettes à payer et 146 millions de créances impayées par les usagers. Un passif qui ne fait qu’alourdir un tableau déjà bien sombre.
La crise de l’eau en Guadeloupe n’est pas nouvelle. Mais elle prend aujourd’hui un tour plus inquiétant. Ce n’est plus seulement un problème de tuyaux qui fuient ou de canalisations à rénover. C’est désormais un problème de comptes publics. Les collectivités qui doivent régler la facture de l’eau sont les mêmes qui sont censées investir pour améliorer le réseau.