La Guadeloupe continue de tourner en rond

Photo d'illustration bureau de vote mucicipales 2026. Photo : Sipa
Catégorie: Éditorial

Elles sont passées, ces élections municipales et communautaires, avec leur cortège de petites phrases convenues. Stabilité, nous dit-on. Vingt-quatre maires réélus. Quelques chutes çà et là, à Baie-Mahault, à Goyave. Dont acte. Au Gosier, un suspens de salon, vite retombé. Quant à la bataille annoncée entre le PS et le GUSR pour les intercommunalités, elle a lieu, comme la pluie en saison. Rien d’inattendu. Rien d’inquiétant, pour ceux qui veulent croire que l’ordre des choses est aussi l’ordre du bien.

Mais à bien regarder, ces scrutins n’auront rien apporté de neuf. Et c’est là, précisément, que le malaise s’installe.

Les Guadeloupéens, sauf en quelques rares accès d’exigence citoyenne, ont voté par habitude. Mécaniquement. Comme on renouvelle un abonnement à une lassitude. Non par adhésion enthousiaste, mais par réflexe. Nombre de maires sortants repartent avec un satisfecit qui ressemble davantage à une absence de révolte qu’à un véritable plébiscite. On ne les a pas choisis, on les a subis par défaut. « Il fait le job » disent leurs électeurs. Et l’opposition, quand elle existait, n’a guère proposé d’alternative de fond – pas de politique propre, pas d’innovation, pas de rupture assumée, pas de projet capable de hisser une commune ou un groupement hors de sa longue léthargie.

Dès lors, que célèbre-t-on ? La stabilité ? Mais quelle stabilité ? Celle d’un territoire qui, depuis des décennies, empile les problèmes sans en résoudre un seul. L’emploi, l’eau, la vie chère, les transports, le vieillissement démographique. Les dossiers s’accumulent comme des dettes impayées. Et pendant ce temps, la situation s’aggrave. Les routes se dégradent. La violence et la délinquance se durcissent. L’échec scolaire reste massif. Et la corruption et les atteintes au devoir de probité, mal qui ronge sourdement la confiance citoyenne, semblent solidement installées.

Bref, ça dysfonctionne. Et beaucoup semblent s’y résigner. Ou, pire, s’en satisfaire.

Bien sûr, un maire ne peut pas tout. L’État porte sa part d’inertie, lourde et coupable. Mais les maires, eux, sont au plus près et ont des leviers. Ils peuvent agir sur la sécurité, l’action sociale et la santé, l’emploi et l’insertion professionnelle, l’éducation, l’action culturelle, le sport, le développement économique, le cadre de vie, le logement, l’environnement, l’énergie, les transports. Le font-ils avec suffisamment d’intensité et d’efficacité ? La participation aux élections municipales ne plaide pas en leur faveur. Les électeurs n’ont pas sanctionné leurs carences. Ils les ont reconduits, sans exigence.

C’est là le vrai verdict de ce scrutin : non pas un choix, mais une absence de choix. Non pas un élan, mais un enlisement.

En politique, au sens noble du terme – celui qui engage, qui bouscule, qui propose un cap –, ces élections n’ont rien apporté. Rien de neuf, rien de réparateur, rien qui annonce une sortie de l’ornière. La Guadeloupe continue de tourner en rond, les yeux mi-clos, bercée par l’illusion que reconduire, c’est encore agir.

Mais gouverner, ce n’est pas durer. C’est oser. Et tant que nos scrutins municipaux et communautaires se contenteront de célébrer le confort de l’immobilisme, le malaise guadeloupéen n’aura pas de remède. Il aura seulement des maires. De plus en plus anciens. De moins en moins audacieux. Surtout si ceux qui leur contestent le mandat eux non plus, n’ont rien de consistant à proposer.