Air Antilles liquidée : 116 salariés sur le carreau et 20 millions engloutis

Avion d'Air Antilles à l'aéroport de Grand case à Saint-Martin
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Le tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre a mis en liquidation judiciaire ce lundi 27 avril, la compagnie aérienne Air Antilles, faute de repreneur crédible. L’unique projet de reprise sérieux déposé dans le cadre de la procédure émanait du docteur Pierre Sainte-Luce, propriétaire de plusieurs cliniques et de l’hôtel Arawak à Gosier. Sous la bannière « Air Kalinago », avec un capital annoncé de six millions, ce dernier proposait de relier la Guadeloupe à Saint-Martin, Saint-Barthélemy et la Martinique. Mais les conditions sociales ont eu raison de son ambition.

Sur les 116 salariés de la compagnie, seuls quatorze auraient été conservés dans un premier temps, avec la promesse d’une vingtaine d’embauches ultérieures – une promesse jugée trop floue et trop maigre par les juges. Les autres offres – dont celle de Guyane Express Fly, qui ne visait qu’un avion avec équipage – étaient « dépourvues de volet social ». « Cette proposition ne remportait pas l’adhésion des salariés eux-mêmes », a souligné le président du tribunal, confirmant le fossé entre les besoins sociaux et l’offre financière.

L’aventure Air Antilles ne s’achève pas par un coup de tonnerre, mais par une longue et coûteuse asphyxie. Clouée au sol depuis décembre 2025, la compagnie traînait des difficultés chroniques malgré une reprise en 2023 par la collectivité territoriale de Saint-Martin et le groupe Edeis, spécialisé dans la gestion d’infrastructures aéroportuaires.

Cet épisode de « sauvetage » n’aura au final permis que reporter l’inévitable. En trois ans, ce sont près de 20 millions qui ont été injectés dans la société – en grande partie issus de fonds publics : subventions des collectivités, avances remboursables, et prêts garantis par l’État. Un argent massivement versé pour maintenir artificiellement à flot une compagnie régionale structurellement déficitaire sur un marché ultra-concurrentiel et dépendant de liaisons saisonnières.

Désormais, les juges sont sans appel. L’administrateur judiciaire, Maître Lesly Miroite, voit sa mission limitée à la « gestion de la fin d’activité ». La mandataire judiciaire, Maître Laura Bes, hérite pour sa part de la tâche de vérifier les créances et d’établir l’ordre des créanciers. Autant dire que le remboursement de l’argent public s’annonce difficile.

Les 116 salariés licenciés rejoignent la longue liste des victimes collatérales d’une politique de sauvetage mal calibrée. Ce gaspillage d’argent public s’inscrit dans une continuité. En 2005, c’est la compagnie Caire, qui exploitait certaines liaisons d’Air Antilles, qui laissait déjà 176 salariés sur le carreau.