Le bilan démographique 2025 de l’Insee raconte un territoire qui se vide par les deux bouts : moins de bébés, plus de seniors.
Deux chiffres. 3 388 naissances. 3 661 décès. En Guadeloupe, en 2025, il est mort plus de gens qu’il n’en est né. Pour la troisième année consécutive.
Ce n’est pas un accident. C’est un basculement. L’Insee Flash Guadeloupe publié le 24 mars, décrit un territoire qui s’enfonce dans sa nouvelle réalité démographique. Et les plans pour y faire face tardent à se faire jour.
Les Guadeloupéens ne font plus assez d’enfants pour renouveler la population. L’indicateur conjoncturel de fécondité — le nombre moyen d’enfants par femme — est tombé à 1,65 en 2025. Il était de 2,11 en 2021. Le seuil de renouvellement des générations, c’est 2,1.
Le taux de natalité est de 8,6 pour 1 000 habitants. En dix ans, la fécondité des femmes de 15 à 24 ans a chuté de plus de 40 %. Et l’Insee pointe quelque chose de plus profond encore : entre 2021 et 2025, le nombre de femmes en âge de procréer n’a baissé que de 2 %. Mais les naissances ont chuté de 22 %. Autrement dit, ce n’est plus seulement le départ des jeunes femmes vers l’Hexagone qui explique la chute. C’est un changement de comportement. Les femmes qui restent font moins d’enfants.
Au 1er janvier 2026, un Guadeloupéen sur trois a plus de 60 ans. Le ratio est vertigineux : 119 personnes de 65 ans et plus pour 100 jeunes de moins de 20 ans. En 2016, ce ratio était de 64 pour 100. Il a presque doublé en dix ans. La Guadeloupe est la deuxième région la plus âgée de France, derrière la Martinique.
Dans le même temps, les moins de 25 ans ne représentent plus que 26 % de la population, contre 32 % il y a dix ans. Un territoire qui vieillit à cette vitesse, c’est un système de santé qui doit se transformer pour prendre en charge la dépendance. Des Ehpad, des aides à domicile, des soignants — dans un archipel qui peine déjà à recruter.
C’est un tissu économique qui perd ses forces vives. Ce sont des classes qui ferment, puis des écoles. C’est une pression croissante sur les finances des collectivités, et notamment du Département, qui finance l’essentiel de l’aide aux personnes âgées. Le nombre de mariages, lui aussi, recule : 900 unions en 2025, contre plus de 1 100 dix ans plus tôt. Un indicateur secondaire, mais qui scelle le portrait d’une société en mutation.
